• AIX EXPULSE UNE MERE ET SES ENFANTS

    Alors que l'hiver bat son plein, certains s'interrogent sur leur devenir au-delà de la fin officielle de cette saison. Dans ce cas, une mère de famille menacée d'expulsion avec ses trois enfants a décidé de se mobiliser. Occupant un appartement resté vacant dans la Résidence de la Pinette - ensemble de HLM situé au nord est d'Aix-en-Provence à proximité de la Route de Vauvenargues - Emilie du haut de ses 28 ans est assimilée au profil large du squatter : ils sont devenus fous. 

    Abri de fortune, symbole d'infortune

    Loin d'évoquer le sens commun du squatter punk ou de celui du jeune errant, la situation de cette mère relève de la fragilité sociale d'une famille. Venue d'Aveyron il y a quelques années mais native d'Aix-en-Provence, cette aixoise a bien dû mal à assumer sa filiation géographique. Malgré de nombreuses demandes de logements sociaux, la Cité de la Belle endormie rejette sa descendance. Si la solidarité organique fait cruellement défaut, la solidarité mécanique s'organise.

    Le recours à la réquisition d'un T2 de 56 m2 dans le parc de logements sociaux de La Pinette s'est rapidement imposé comme une solution, d'autant plus que la cité trentenaire regorge de logements inoccupés. Etablie comme tout à chacun, Emilie est bien disposée à s'acquitter du loyer modéré - caractéristique de la zone d'habitation entre 245 et 360 Euros hors charges. A la suite, un contrat est établi en bonne et due forme auprès d'EDF. Si l'organisme HLM encaisse les chèques d'un montant de 100 euros - ce qui correspond à la somme due eu égard aux droits CAF de l'occupante - adressés par cette habitante, pour le bailleur cette dernière n'est qu'une vulgaire occupante sans droit ni titre. 

     
     
    Emilie s'exprimant au micro de France Bleue - à retrouver dans le journal de France Bleue sur http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-bleu/?tag=provence#

    Sans palabre, l'action en justice est déclenchée - par Habitat 13 propriétaire du parc - avec à la clef une expulsion de l'infortunée fixée pour la fin de la trêve hivernale - 15 mars 2010. Pourtant sur le site internet de 13 habitats, on annonce être prêt "à relever les défis du XXIe siècle pour être, encore et toujours, des pionniers". La notion de progrès apparaît ici comme toute relative. L'organisme créé dès 1920 comme un avatar de l'industrialisation et qui fut par la suite utilisé pour permettre l'accueil d'une partie des rapatriés d'Algérie semble avoir perdu la foi. <o:p></o:p>

    Un article, paru dans la Provence du 24 février 2009, avait déjà "mis en avant" cette situation, l'impassibilité des différentes collectivités. Cet appel médiatique est resté lettre morte. L'échéance signifie pourtant à cette famille de sa mise au ban de la trop "bonne" société aixoise. Les enfants scolarisés dans l'école toute proche pourront-ils comprendre le froid, le machiavélisme de l'institution ? Avec dignité et fort d'un collectif de quelques amis, Emilie s'exprime depuis la Place de l'Hôtel de ville en ce Jeudi 11 mars 2010 à quelques jours de la fin programmée d'un semblant acquit de stabilité sociale.<o:p></o:p>

    Dans un premier temps des banderoles réalisées à la hâte sont posées contre les murs de l'hôtel de ville. Les "non à l'expulsion" flottent, si petits au regard de l'édifice. Plus loin, un panneau annonce une grève de la faim de cette mère bien décidée à camper sur place. La petite tente igloo ne recèle pas de fortune, pas de luxe, juste une laine ou deux pour "ne pas crever de froid". 

    Avant le statu quo

    En direct, toute la scène est rapportée au QG de la Mairie par les agents de la police municipale. Ces derniers opèrent une description parfaite de la situation et égrainent sur demande de leur "base" les slogans des petites pancartes. La discussion entre les forces de l'ordre municipale et cette aixoise se font sans heurts : entre compassion des agents et contrôle d'identité de l'intéressée. Plus discrète, la police nationale se tient à l'écart guettant l'évolution de cette prise d'expression. Plus tard, les haut-parleurs des agents crachotent des consignes : la mairie ne doit pas être souillée. Prudent, les agents municipaux demandent la levée des banderoles. Des voisins, venus de la Pinette aident à la réinstallation des messages sur les arbres. C'est le statu quo. Une vieille dame s'inquiète, le café rapporté pour Emilie va refroidir. 

    Au milieu des passants, certains, citoyens, se mobilisent
     

    Quelques heures plus tard, la nuit est tombée. Emilie, sa tente sont toujours là. Autours des amis de la Pinette, une partie de l'équipe du Centre social et quelques individus venus soutenir. "On me balade, on me propose un foyer" se défend cette femme en instance d'expulsion pour justifier le maintien de son campement. Côté coulisse à l'Hôtel de ville, un adjoint au logement affirme l'incompétence de la Mairie sur "ce dossier" évoquant la responsabilité du Conseil Général. A demi-mot l'élu assure pourtant qu'il n'y aura pas d'expulsion. Les agents de Maryse Joissain ne sont pas receptifs alors que le Maire avait mis en exergue à l'occasion d'une promotion électorale face aux CIQ du Pays d'Aix -Audition de la liste Joissains le 13 février 2008 - le fait que "la Pinette était maintenant tranquille de par la mixité et avec la présence d'une école". Pour cette aixoise qui a grandie dans le Quartier de Beauregard, autant dire au pied des Pinettes, ces paroles n'offrent aucune garantie : le campement continu. Alerte, une patrouille de Police municipale en auto fait halte. L'un des agents de prévention gêné pour la Maman risque un "tout va bien Madame ?". 

     
    19h30, le combat continu dans le froid
     

    En face du campement, chez Mus la soirée est festive. Quelques passants en sortie jettent un œil discret aux pancartes. Entourée de quelques amies tous bien emmitouflées dans des polaires, des sacs de couchage, la Mère de famille Emilie ne renonce pas. Peut-être médite-t-elle sur le message énigmatique de 13 habitats résumant la philosophie du groupe : "à chaque besoin exprimé, apporter une réponse et des équipements adaptés" - propos recueillis sur le site officiel de 13 habitats.

     

    Une femme solidaire a garé son monospace au-devant de la tante comme pour fournir un abri. Pour cette dernière : "il est bien dommage que la mobilisation ne soit pas plus massive". Un homme inquiet renchérit et regrette l'indifférence des citadins face à la détresse de l'un des leurs. Petit à petit, le calme tous relatif d'un samedi soir aixois se fait. Chemin faisant, la visite d'un haut dignitaire municipal est de plus en plus improbable éloignant de fait le dénouement de la crise. 

     

    23h45, seule ou presque Place de l'Hôtel de ville


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :