• CAPITAINE TRIPORTEURS ET BETONNIERE

    Alors que toute une rue devient avenue, une propriété resiste aux changements urbains. Au bord de la chaussée, la propriété du Capitaine fait fit des milliers de véhicules passant, des engins de chantiers à l'oeuvre dans la parcelle mitoyenne. Pourtant, les bruits, l'activité ne manque pas. Dans un premier temps décrouté le vaste terrain de plusieurs hectares fait à présent l'objet de fouilles archéologiques préventives. La prochaine étape est la phase de construction de six résidences composées de logements sociaux.

    A la manoeuvre la SACOGIVA entreprend ici une importante opération de construction. Le choix du site semble s'inscrire dans la métamorphose de l'axe allant du Pont-de-l'Arc vers le Carrefour des Milles. En effet, depuis la construction des résidences de la Parade dans les années 1970 jusqu'à la livraison des résidence de l'Hyppodrome en 2009, la vocation urbaine du secteur semble prendre part sur l'empreinte rurale.

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    Peu enclun à la transformation de son environnement, le Capitaine surveille, mesure, rapporte les écarts au code de l'urbanisme. En cette matiné de février 2011, à bien regarder le ciel, le combat semble perdu : un hélicoptère survole à faible altitude le chantier, certainement pour produire une cartographie d'architecte. Depuis sa terrasse, le Capitaine fulmine ne pouvant que constater la mise à mort de l'une des dépendances de sa vaste propriété. A quelques mètres seulement, un tertre de briquettes, de bois et de fer figure ce qui était hier une vaste grange.

    Les rêves de l'ancètre du Capitaine s'envolent en gravas évacués par un cortège de camions benne. A l'époque c'est depuis les Amériques, depuis la Louisianne puis de l'Argentine que le grand-père avait immaginer de posséder une coquette bastide dans la campagne aixoise. C'était un "barcelo" comme l'histoire puis le mythe à dénommé ces hommes partie de la Vallée de l'Ubaye pour se construire un avenir prospère.

    Etablie à Paris à la suite de ses cavalcades transatlantique, l'ancien avait acquis, pour y elever ses enfants, un ancien moulin dans le pittoresque quartier aixois du Pont-de-l'Arc. Dans les années trente, le bâtiment est encore à usage de moulin fort d'une eau puisée dans l'Arc via une voie sous-terraine tracée depuis le Moulin Bernard situé au bord de l'Arc à l'entrée du Pont-de-l'Arc. Inspiré et riche, le propriétaire va s'evertuer à reconfigurer la demeure en bastide. Au dehors, une pièce d'eau est posée sous de vénérables platannes.

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    Au pied de la grande maison, une petite maisonette intrigue. En sursis, la dépendance goute ces jours-ci les dernières heures de sa longue vie. A l'origine, le petit édifice servait de repère au Capitaine : le nouvelle aventurier de la famille. Ce dernier à en effet fait carrière dans la marine marchande en qualitée de Capitaine au long cour. A l'occasion de relache, le Capitaine pouvait compter sur ce petit pied à terre toujours protégé, entretenu par une mère inquiète pour son marin de fils.

    A l'heure de la retraite, le gout de tranquilité du domaine est amer, la source de bonheur tarie. Le Capitaine de retour sur la terre ferme cultive les ambiguïtés. Si ce dernier mène un combat pour conserver sa demeure, il a dans le même temps affublé celle-ci d'un étrange dispositif. Autour de la maison partout la place est prise par des objets. En tas ou en sceau, en pile ou en l'air il y a là le fruit d'année de récupération.

    Pensif, le Capitaine justifie cette récolte en narrant des tranches de vie construites sur la base du système D. Toujours sur le pont, le Capitaine stock ici des boulons, la bas des portières : en cas d'avarie, de voies d'eaux. En arrière-plan,, une pelle-mécanique déblaies des tonnes de terre. Sur ces champs voisins, cédés par voie d'expropriation, ne pousseront demain que des résidences et une maison destinée à l'ancien paysans ayant les terres en metayages.

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    Derrière la demeure, une parcelle encore hors béton descend jusqu'à l'Arc, outre des carcasse diverse d'automobiles canibalisées, deux triporteurs attirent l'oeuil. Loin d'être anachroniques, les tricycles sont destiné, selon le maître des lieux, à rouler sur une petite île au large du Mozambique. A l'appuis, les projets du capitaine de continuer la restauration d'un ancien comptoire de messagerie coloniale entrepris durant ces années de service à bord des navires. Acquise la propriété ilienne est d'après le Capitaine un havre de paix comme la certitude de perpétuer contre vent et marée l'effort familial.

                                                                                                                                                                   SO' PUNCHY 


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