• CEZANE PEINT UN MOTEUR ROUILLE, LE THOLONET, AIX-EN-PROVENCE (destructed)

    Quelques cyclistes passent, un chien qui jappe au loin et rien de plus. En ce début de printemps, la nature ne s’y est pas trompée, les fleurs sont en abondance. Tout au long de la petite route du Tholonet, le paysage est ainsi dressé. Au-delà de la chaussée de riches villas protègent les points de vue comme une série de luxueuses forteresses. Parmi ces heureuses habitations, il en est une qui détonne tout particulièrement. Là où la tondeuse ne mugit pas le week-end. Là où ni portail ni statue ne font remarquer la propriété. Animé jusqu’à point d’heure, l’édifice est depuis quelques jours d’un calme religieux : victoriens. Et pour cause, la bâtisse a été fraîchement vidée de ses nombreux habitants.<o:p></o:p>

    Pour ces derniers, le départ était programmé, redouté depuis plusieurs mois. Les squatters avaient eu vent de la mise en vente de leur squatte et même reçue des visiteurs de circonstance : des acquéreurs potentiels. Pour ces derniers, la visite ne manquait pas d’exotisme entre les nombreux camions habitation disposés comme au camping et les pièces de vie communes établies dans la bastide. La demeure était à l’origine - au XVIIème siècle - un relais de la poste à cheval, depuis le site a acquis ses galons de bastide aixoise cossue. La taille du domaine, fort de plusieurs hectares, le cachet de l’ancien propre à la construction, confère au site une valeur croissante en lien avec son immédiate proximité vis-à-vis du centre d’Aix-en-Provence.<o:p></o:p>

    Etablie dans le Vaucluse, la famille propriétaire du bien choisie de louer la demeure puis au fil des locataires, le lourd entretien de la bastide, sa relative exiguïté font péricliter le cycle de location. Cet état s’inscrit dans le rôle présumé ingrat du locataire qui habitant dans une vielle maison ne peut se livrer à de réels travaux sans éprouver la frustration du non possédant. Du côté des propriétaires, la distance et l’exigence qu’incombe ce type d’habitat pousse à une inaction relative. Il faut dire que la demeure est composée de multiples et petites pièces avec son lot de fenêtres, de portes, de matériaux anciens qui ne cessent de réclamer des soins. Au dehors la tâche est encore plus rude avec un parc fort de trois hectares de pinèdes, d‘arbres gras et plein de sève. <o:p></o:p>

    En embuscade dans le temps, les squatters prennent peu à peu possession des lieux à grand renfort de véhicules. Du reste, ces derniers peuvent être apparenté à des nomades modernes : à la croisée des gens du voyage et des teuffeurs. Souvent issue du milieu techno, ses camarades ont liés connaissance à l’occasion de soirées techno du type free party notamment organisées dans des lieux reculés, sur plusieurs jours. Les squatters ont tôt fait de mettre à profit l’expérience acquise lors de leur été festif pour aménager la propriété.<o:p></o:p>

    Pour certains les nuits dans les camions se sont poursuivi stationnés au-devant de la maison tandis que pour d’autres il y a eu le privilège de posséder une chambre aux étages. Dans le salon autour de la cheminée les restes des soirées festives et sur les murs des messages adressés au commun. L’entrée d’une chambre est relevée d’une pancarte « Sexe en cours » tandis qu’au WC une inscription verdâtre peinte sur le mur invite « à ne pas laisser les chiottes dégueulasse ». A la fin tout est exsangue et l’on devine les dernières minutes du groupe.<o:p></o:p>

    Rassembler le maximum d’affaires et partir afin d’échapper à d’éventuels poursuites. Ayant pris leurs aisances, les squatters ont accumulé cour de l’année et demie d’occupation quantité d’objets que le landa qualifierait de récup. En un même temps, le mobilier fournis jadis pour les commodités des locataires gît parmi les restes. Il y a cette table basse qui s’ouvre en deux, les inévitables bouteilles de bières et plus étrange un important stock de salade sous vide à l’état de décomposition. <o:p></o:p>

    Les matelas et quelques meubles ont été réunis en tertre dans le jardin comme le vomi d’une maison malade. La pelouse est comme un dalmatien rendue de jaune et de vert par le temps de stationnement des engins. Un moteur de camion en impose et meurt de rouille. A présent, la maison a trouvé son nouveau maître qui dans un premier réflexe à fait disposer à l’entrée du terrain une motte de terre comme pour signifier aux routard de passage la fin de la parenthèse cézanienne.<o:p></o:p>

     

                                                                                                                                                                  SO' PUNCHY 


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :