• Que se passe-t-il lorsque l'homme redevient enfant, lorsque malgré toutes les apparences, la vie telle qu'elle nous est vendue est tronquée. A vieillir chez soi, quel somme d'avantages, de médiations, d'arbitrages à ne pas rendre, à ne pas subir. La gestion des individus au-delà de leur porte, dans l'intimité même caractérise les situations de tous nos vieux qui laissés là finissent dans de puissants complexes.<o:p></o:p>

    Ici la maison de retraite de la Roseraie est le premier employeur de la ville. C'est dire si on les aime, si on les côtoie nos vieux. Pourtant sur place hormis les professionnels et les clients il n'y a pas ou si peu de catégories intermédiaires. Il s'agit donc d'arbitrer la vie de chacun, de rendre par un jeu d'initiatives sur fond de normes et de droit l'existence des uns et des autres possibles. A l'heure du réveil déjà le petit déjeuner donne le la. Au self, les pensionnaires peuvent passer deux fois. Manon ne profite jamais de cette deuxième tournée, trop pressée de se rendre à l'arrêt de bus pour attendre l'arrivé de ses parents. Du reste, ces derniers sont morts depuis si longtemps, qu'au-delà de ce qu'en dit Manon personne ne les imagine.<o:p></o:p>

    0<o:p></o:p>

    Alors que faire entre vieux, comment venir en aide à notre population de vieux. Le soleil brille à présent comme au milieu d'une matinée. Raymond réclame à présent avec sa virulence et du haut de son fauteuil la restitution de son dû. Mais quand est-il ? Les vieux ont-ils de l'argent de poche ou règlent-il leurs achats avec des cartes gold. Dans les faits, l'état de chacun définit comme une indépendance économique. Pour certains, le solde est bien faible, il n’est pas rare que Suzie, collaboratrice du directeur et en bonne soignante, finance quelques paquets de goldo.<o:p></o:p>

    D'autres bénéficies de plus de moyens. Ils sortent et au supermarché consomment comme tout à chacun. Cette activité, qui de traverser la rue et de serrer un journal en rond, qui de croquer un croissant passent souvent par le bureau du directeur. Là, comme dans une école, le responsable doit donner au fil des semaines là un billet de dix euros, là un billet de cinq euros. Il importe de protéger les patients qui pour certains dilapideraient en quelques secondes une fortune remise ou reçue.<o:p></o:p>

    L'Art du travail en maison de retraite semble relever d'une composition entre humanité, droit et moral tout cela dans un entre soit intime. De cette intimité on s'en imprègne dès lors que le sens des couloirs est connu ou que l'ordre des chambres est acquis. Ici il y avait la centenaire, là il y avait Jean. Jean était l'un des plus jeunes pensionnaires. Ce statu est comme un affres reçue du système psychiatrique dont est issu Jean, dont Jean est le produit final. Où pourrions-nous les mettre tous ces gens ? Le refus est quasi-systématique de la part des structures même si parfois une acceptation vaut transformation pour l'ensemble de l'établissement. Il faut du coup protéger "les autres de ce nouveau venu qui n'hésite pas à foncer de toute ces roulettes vers des cibles marquées par leur faiblesse. Il y a donc aussi des affrontements, des conflits qu'ils faut en interne régler au travers d'entretiens formalisés sous le label "entretiens disciplinaires". Du reste, l'arsenal, les modes de réponse sont à hauteur des dispositifs de suivi personnalisé : inexistant.<o:p></o:p>

    0<o:p></o:p>

    A côté de notre offre, de notre main tendue, les structures hôtelières font encore rêver aux plus grands âges de la vie. Entre nous, l'abîme financier est colossal. De solides motivations sont nécessaires pour rendre à notre "maison" le goût d'un âtre, d'un foyer. Les moyens alloués ne sont au final qu'à la hauteur de la contribution fixé par des hommes pour d'autres hommes. Si l'image d'un vieil homme maltraité ou d'une vieille femme errante reste dans nos sociétés un tabou, les moyens mis en place pour la résolution des maux induits par l'ascension de l'espérance de vie restent dérisoires. Le directeur d'établissement doit trancher quotidiennement entre de nouveaux sanitaires et la réfection d'une porte, entre un impératif et un autre. <o:p></o:p>

    Les fonds manquent à la façon d'un ménage et même les outils des hommes sont des valeurs à protéger. A cette contrainte de moyens s'ajoute la lourdeur du carcan qu'incombe une gestion exercée selon les règles du domaine et des marchés publics. Il faut faire avec les moyens du bord et dans notre bonne Maison des Roseraies on fait du social. La somme de l'opération ressort comme simplissime : les coûts d'un accompagnement efficace dépassent ce que la société est prête a investir. Mais, du reste peut-on parler d'investissement ?<o:p></o:p>

    0<o:p></o:p>

    Le respect, la fin digne et parfois heureuse des populations les plus âgées rentre-t-elle dans les objectifs communément inscrits dans l'essence même des individus regroupés en collectivités. Tout le recul au-delà du discours se prend depuis les sites. Il faut fréquenter les patients depuis les dossiers constitués jusqu'aux journées vécues des hommes et des femmes. Les patients sont clients, sont parents, sont enfants, ils sont tant de choses, comme autant de rôles composés par la société. A chaque situation, l'interlocuteur d'une jeunesse certaine doit traduire sans froisser, parler sans choquer, crier sans hurler.<o:p></o:p>

    En sus, les DDASS prescriptrices suprêmes prévoient, dans le cadre de l'évolution probable du virus de la grippe A, outre le nombre attendu de victimes définitives parmi les clients, une contamination importante des personnels. Il est donc demandé au chef d'établissement de " savoir comment fonctionner avec un personnel malade, restant à la maison à plus de 60%". A la suite de la réunion "plan grippe A, celle correspondant au niveau 5", de nombreuses questions fusent. On envisage déjà une seconde édition du drame de l'été : Canicule2. Faudra-t-il acheter plus de housses mortuaires cette année ? Tout, absolument tout, doit être pensé, la communication première tombe dans un splendide vide social : c'est le désert, la friche pour ceux qui poussent pour la première fois les portes de la Roseraie. <o:p></o:p>


    votre commentaire
  • Aix en blouse blanche, en jean ou en ambulance chacun y trouvera sa juste place. Du reste, les destinations médicales ne manquent pas. En premier lieu, l'hôpital d'Aix-en-Provence est au centre du dispositif. Installé au nord de la ville on le situera volontier dans le "quartier de l'hôpital". Nous voila donc bien avancé, précisement en haut de la rue de l'Archevêché, à hauteur du périphérique. En traverçant la chaussée, l'Hôtel Dieu apparaît très vite comme central. Ce bâtiment est l'un des plus anciens d'Aix mais aussi l'un des plus massifs.

    Sa fonction première d'hôpital n'est plus d'actualité depuis une dizaine d'années. Toutefois on dispensait en ces lieux une autre sorte d'aide : de l'aide social. Les locaux, à la suite des services hospialiers, acceuillaient jusqu'en 2006 un ensemble d'associations ayant pour but de venir en aide au plus démunis. Le public était essentiellement composé de personnes sdf qui en cet endroit pouvaient trouver tout un ensemble de services. Le parking qui peu correspondre à un vaste parvis était un temps reservé au stationnement de domiciles-voitures, une guéritte située à la droite du portail était également aménagée en foyer de fortune/infortune. Cet appentice fût par la suite démoli, cet acte marque le début d'une nouvelle aire pour le site. Il n'était plus question d'arche sociale mais plutôt de réinsérer les locaux dans le dispositif d'établissement hospitalier.

    Cet axe plus ou moins abouti livre ses formes définitives en 2008/2009 avec l'engagement de travaux colossaux. Une resructuration compléte des locaux à grand renfort de bennes et de peleteuses dont le nombre et la complexité donnent à voir des volumes considérables du très vénérable Hôtel Dieu. La destination du site est l'acceuil de personnes âgées à l'autonomie réduite. Juste à côté, en mitoyennetée immédiate se trouve l'Hôpital d'Aix-en-Provence. Celui-ci hérite d'une architecture moderne, sa taille quoique d'importance n'aliène pas la convivialité du site, le côté village parfois intrinsec à la ville d'Aix. Les urgences qui jouissent d'une entrée particulière sont bien connues et offrent leur lot de misères, de petits bobos de joie et de tristesse. Au même endroit la porte du "CAP 48" est comme une passerelle ver la vocation d'asistance psychologique de l'hôpital. Ce dispositif consiste a acceuillir puis éventuellement a évaluer durant 48 heures toute personne qui se présenterait souffrante de mal être.


    votre commentaire
  • Au fil des wagons comme une vache je me mis à compter...

     

    Le long de la voie ferrée des gens errent voilà qui est du déjà vue. N'y a-t-il pas du côté de Trets, vers Saint Zacharie quelques nostalgiques du train qui fort de portions ferrées abandonnées organisent des visites ? De l'intérêt porté aux édifices ferroviaires à la beauté des sites exclusivement pénétrables par le passage des rails rien ne manque au tableau.

    Il s'agit dès lors de questionner les fonctions implicites du réseau de transport. L'état d'abandon signe-t-il une nouvelle carrière des équipements et comme une cristallisation historique du progrès ? Pour sûre qu'à travers ce prisme on ne manquera pas de saisir les remous de notre société. Il y a là comme une photo, un calque qui superposé au paysage en livre toute une histoire. Rien de plus a priori que quelques ruines ou châteaux évocateurs du passé.

    Autour du plateau, qui fut une table, les yeux suivent la locomotive et un à un comptent les wagons. Pour ces spectateurs-constructeurs le souci du détail se lit par la tendresse de la composition. La gare de "Gap miniature" est au centre du dispositif. Depuis ce point les voies s'étirent sur une surface modelée en fonction du relief réel. La maquette permet d'objectiver de la complexité des ouvrages, de leurs mises en connexion mais également de la passion déclarée à son endroit.

    Du reste, la réalité proposée au travers d'un jouet construit par de très grands garçons ne rend pas de l'actualité des sites. Nous n'évoquons pas l'omission des horaires ou des nouveaux modèles d'ensembles roulants mais plutôt celle de la dimension extra-ferroviaire.

    Longeant une voie ferrée il n'est pas rare de l'apercevoir toute urbaine de tags ou folle d'herbes et de ronces. A Aix-en-Provence on aime longer la voie, guetter les trains depuis un chemin, protégés derrière les grillages rouillés en plaque. Plus loin, un passage sous-terrain qui parfois fleure l'urine, est le panneau d'affichage informel du quartier. Juste à sa proximité une petite maison coquillette témoigne de la dispersion ancienne du patrimoine sncf. Ce sont toutes ces maisons à l'allure unique qui en bords de voies, parfois devenues routes, parfois déposées furent construites pour les besoins du réseau.

    La Nationale 7 à hauteur de Saint-Canat et en direction d'Aix-en-Provence était coupée jadis par une voie ferrée. Du côté du Parc des Automates une demeure de garde-barrière abandonnée en bord de route n'a plus d'yeux sur rien. Plus loin, comme en campagne, un ensemble de bâtiments pour leur part bien actifs constituent les vestiges d'une petite gare de marchandises. A travers champs on suit comme cela jusqu'au Grand Saint Jean le tracé de l'ancienne voie.

    La visite prend ici des allures printanières. Peut-être l'absence de voie contribue-t-elle à minimiser l'artificialité des sites ? Du reste au sein des centres urbains, la visite des secteurs ferroviaires est en général réservée aux initiés. A ceux, qui, porteurs de badge, qui, l'ancien, vont et viennent. A côté des acteurs officiels, les tagueurs, les marginaux, les néo-urbains s'opposent aux voyageurs. La masse constituée par ces derniers est comme une essence, une clef pour d'autres usagers aux cœurs de fer et de pierre.


    votre commentaire
  • Qui, le piéton, qui, l'automobiliste, qui vis ici parmi nous aurait pu juger du phénomène. Encore faudrait-il que ce dernier fut apparent, que chaque morceau fut à sa juste place. Or, il est bien question de place, d'ordre des choses, de ce qui relève du naturel que l'on croyait acquit.

    En milieu urbain, le citadin ne peut se contenter que de ce qui apparait comme le contexte premier comme les éléments déjà présents dans les références filmiques des plus anciens. Il y a des rues bordées de trottoirs où des gens se meuvent jouant en un ensemble la Comédie Humaine de leur temps. A y voir de plus près ces rues, espaces libres lieux de liesse comme de recueillement, perdent de leur superbe. En ce terme, nous entendons le désenchantement actif qui comme l'érosion achève de rendre abscons une définition romantique de la rue.

    °°°

    Comme les réverbères en leur temps, des horodateurs assurent une étroite surveillance des chaussées qui de cette façon sont fractionnées en autant d'emplacements. Il 'agit de mettre en ordre les automobiles : leur nombre croissant suggère en effet d'adopter des conventions puis finalement d'organiser en marché le repos des autos. Plus loin encore, les parkings aux abords des centres villes dépassent leur état. Ce ne sont plus des portions de rue mais des édifices tout entiers dédiés au sommeil des véhicules.

    La création de richesses est ici au cœur de l'innovation, de grands groupes qui comme Effiat transforment un besoin en produit, un passage en ville en ticket de stationnement. Du reste, les villes, les collectivités se dégagent du fardeau qui, pour ne pas alourdir le budget, la structure de sa commune, qui, pour ne pas endosser le rôle de créancier permanent des visiteurs et résidants motorisés.

    Le paysage urbain prend ainsi de nouvelles formes et avec celles-ci sont repensées les fonctions offertes aux usagers de la ville. Sans évoquer un "grand complot" qui serait orchestré par quelques illuminati de l'urbanisme, on peut mettre en liens plusieurs manifestations de ce qu'il convient de placer dans un jeu de transformation du pack offert à tous à chacun présent en un point du territoire.

    °°°

    Toujours dans la rue, qui, devant un tas de cagettes où poulpes avariées et litres d'huile débordent ne s'enquit pas du responsable ? En maugréant la porte poussée, un haussement d'épaule : c'est la dernière fois que je vote pour le Maire .... Du reste, ce type de réprobations devient ridicules voir incohérentes dès lors qu'elles sont adressées à une société. Or quand est-il des "gars de la ville". Comment Anatole pourra-t-il "rentrer" à la Mairie à présent ? De l'avis du secrétaire de mairie, un voisin, les chances sont minces car les gars, employés par Onet : ils sont même parfois intérimaires. Qu'à cela ne tiennent, Anatole ira pointer chez Manpower lundi. Sûrement là-bas pourra-t-il jouer de ces relations...

    De tout côté le désengagement pousse à adopter d'autres références et pour certains à nier un environnement devenu obsolète. Du côté des espaces verts : ils sont comme des refuges. Quand sera-t-il demain ? Pour répondre à cette question mieux vaut prévoir une occupation prolongée des sites pour se rendre compte du lien entre espaces verts et autorité. Certaines, arches de Noé du désespéré, du pauvre zé agar poussent à une représentation séculaire des jardins.

    °°°

    Plus loin, la gare offre un point de sortie pour ceux qui chassés d'un rondpoint, d'une cabane dressée là en symbole sont sur le départ. L'édifice est manifestement ouvert et ces pigeons qui volent offrent un bel exemple de ce que peut être la liberté. Très vite il y a ceux qui bien callés narguent les voyageurs depuis un point superbe par sa hauteur. D'autres comme noircis semblent sortis d'une chaudière et n'évitent pas, dans de cours vols, les obstacles qui se présentent. Tout cela laisse poindre une chance et la possibilité d'être celui qui ne paiera pas aux toilettes, qui n'aura pas un voisin engagé dans une série de pets.

    La hauteur toute relative de ce trône est basse mais sa propreté est appréciable. Au dehors un homme en fauteuil attend sa place, il est temps de filer. A présent il convient de penser aux effets, à ce qui est détenu. Ici des sacs, des valises sont partout et donnent une harmonie, un groupe. Faut-il en user come d'un siège et tenter de faire popote avec le groupe de tout à l'heure. Ça avait l'air pas si mal. Plus prosaïquement, dans l'immédiat je lutte pour lui conserver sa place. Qu'il est beau sur ce siège orange et moi à ses côtés : j'assure. Quelques journaux dont les feuilles n'ont rien à voir achèvent de me rendre beau.

    Sans casque mais en règle tout au moins en terme légal. L'offre publique est peu agréable avec par intermittence des annonces Sncf de celles qui rendent inimitables notre condition de voyageur. Les "autres" seraient-ils en train de s'évader pendant que je vis pour, par la Sncf. Il semble que mes membres ne soient pas stimulés par l'atmosphère auditive. Juste derrière mon pylône il y a pourtant ces jambes qui s’agitent.

    0


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique