• L'OREE DES BOIS EN DIRECT DE LAMBESC

     

    En s'enfonçant dans le chemin une petite forêt vient bientôt combler le moindre espace. Quelques maisons au long de la piste puis plus rien : que des toitures éparses à l’abri de leur bout de bois. Ici dans ce petit coin de la commune de Lambesc toute proche de la cité aixoise l'ambiance est plutôt boisée tranchant avec l'aridité, la simplicité des terres tout en vigne et en olivier. Un vieux grillage attire bientôt l'attention : un mince barbelé surplombe cette improbable clôture. Plus loin dans le terrain, une maison abandonnée semble attendre d'être reprise en main. Comment ne pourrait-elle pas regretter le temps où des villageois aguerris se pressaient à ses portes ? Comment la propriété ne pourrait-elle pas souffrir de cet abandon si soudain ?

     

    Du reste personne ne vient, le petit parking posé au bout du chemin demeure vide. Pourtant ce dernier a été jadis apprêté pour accueillir le chaland. Une famille tenait avec soin ce petit coin de forêt donnant toute sa créativité, toute sa passion au site. La famille va à partir de 1970 occuper ce qui à l'époque n'est qu'une petite demeure isolée en forêt. Les contrées de ce type sont en ces temps comme des bouts du monde et peu de gens se pressent pour les habiter. Sur leur parcelle forte de plusieurs hectares, positionnées d'un côté et de l'autre du petit chemin, la petite famille compte bien créer son propre univers. Le père de famille songe déjà en secret à l'ouverture d'un magasin qui serait comme le prolongement de son petit étale d'outils sur le marché hebdomadaire de Lambesc.

     

    Une allée est tracée entre la piscine et la petite maison qui toute de plein pied doit représenter une surface d'environ 90m2. La voie d'accès dessert l'espace situé derrière la maison d'habitation. Là-bas, la famille fait édifier trois grands hangars qui impressionnent par leur dimension, la hauteur de leur plafond. Bien motivé, la famille prévoit tout un parcours pour ses futurs clients qui ayant déposé leurs véhicules sur le petit chemin, passeraient le long de la maison pour enfin accéder à l'espace de vente. <o:p></o:p>

    Il y a tout au long des hangars des racks métalliques où sont rangés des articles objectivables dans le champ de l'outillage mais aussi relevant du matériel de surplus américain : une des passions du boss. Telle une ambassade le "magasin de la forêt" devait se mériter et chacun de supporter la distance de cinq kilomètres le séparant du village. Depuis une dizaine d'années seul les riverains, quelques égarés passent sans même s'arrêter devant ce que fut le bonheur de la famille H. Des articles proposés en masse comme dans une Foirefouille hier, il ne reste plus qu'une bouillie métaloplastique aujourd’hui. Les grands hangars ont souffert, leurs jambes métalliques ont cassées.

     

    Partout la végétation s'est infiltrée rendant une atmosphère à la Platoon qui n’aurait pas été sans plaire au charismatique propriétaire. Plus loin, le bâtiment dédié aux caisses est brûlé avec au sol les restes de factures, du verre brisé : rien n'est préservé. A côté, la maison vide des propriétaires est comme un sémaphore esquichée entre sa piscine vide et un véhicule laissé là, livré à sa décomposition. En quelques sortes, l'arrière-cour est comme une relique, un ex-voto représentant le rêve de la famille H... Plus loin, de l'autre côté du chemin forestier un portail branlant cache l'autre rêve de la famille, accomplis puis démonté : mis en scène dans le tragique de l'abandon.<o:p></o:p>

    Si Suzanne, une lambescaine de 81 ans ne se souvient pas du "magasin de la forêt", cette dernière se souvient parfaitement du lieu où fût célébré le mariage de sa dernière petite fille. Malgré les douze années passées depuis ces noces, la vielle dame se rappelle avec émotion du petit bassin placé à l'entrée du domaine. Comme une suite, la narration du repas nuptial est organisée autour de la superbe de ce parc tout en pinède, de ce petit restaurant rustique avec son joli four en pierre. Les enfants devenus depuis de grands adolescents se régalaient happé par les jeux de plein air, poussés sur les balançoires dans la joie des festivités. Sortant quelques photographies à peine jaunies, Suzanne se souvient humant jusqu'à l'odeur du gigot servit ce jour-là par le patron en personne.

     

    Toujours actif, Monsieur H aime son nouveau rêve et s'amuse à organiser la parcelle en une coquette guinguette devenue fantastique. Pour Suzanne, la petite barque flotte encore dans son bassin alors que celle-ci est depuis bien longtemps en calle-sèche, échouée sous la pinède. Le restaurant pour sa part a subi les affres d'un incendie laissant çà et là les débris du bonheur passé, les souvenirs de Suzanne. Plus loin une assiette et quelques cannetes sont posées comme sur une table, il n'y a pas de gigot, tout juste les restes du repas de quelques coureurs des bois.


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