• LE RÊVE D'ALAIN

    Le strapontin mental

     

    Comme un énième refrain, la pièce de théâtre touche à sa fin. Dans l'assistance, les spectateurs commencent à se libérer progressivement de l'étreinte du spectacle. C'est l'instant T pour qui voudrait échanger bien à propos de l'expérience vécue.

    En bon professionnel, quelques bourgeois assidus au long cours ont déjà quitté les murs de l'édifice théâtral pour restituer autour d'une coupe toute la puissance de la séance. Penaud, un jeune tente d'expliquer son ressentie à un élément moins novice. Inconscient, ce dernier n'hésite pas à envisager des comparaisons puis fougueux, de confiner dans un courant artistiques les textes, selon lui bien plus joués que récités.

    Alain encaisse sans sourciller réalisant combien ses craintes de tantôt étaient justifiées. Dans l'après-midi, Alain s'était résolue à aller au théâtre. Avec appréhension, il avait envisagé le moment de l'après, cette gêne du débutant : un enfant dans un monde d'adulte. Déjà durant la maigre queue, formée au moment des entrées, Alain feignait de n'entendre dans les conversations qu'un dialecte fort classique.

    A l'opposé, chacun des noms prononcés par son voisin lui étaient étranger, une vague idée d'une origine polonaise ici, un mot qui sonne anglais par là. En somme, son ignorance était comme révélée au grand jour et avec celle-ci l'immense temps à rattraper pour espérer un jour en être. Plus calme, un homme est présent à toutes les représentations à condition que le spectacle change. Dans la quarantaine, l'homme paraît jovial, remarquable par ses penchants photographiques.

     

    L'homme en haut de la salle

     

    A l'appui un bel appareil photo pend en bandoulière : sa place au spectacle est toujours de premier choix. Lancé dans un parcours d'ascension sociale particulièrement prémédité, le voisin de Paul tend à devenir un habitué des lieux de diffusion d'un certain type de culture. Loin de juger les programmes pour le moins éclectique des théâtres, Jean y voit bien plus un moyen. Or de contrôle, le comportement de l'homme l'appareil photos captive bien plus l'attention de Jean que la tentative d'échange d'Alain.

    Sans chercher à éliminer la concurrence, Jean n'entend pas s'afficher avec ce novice. En balcon, une grande dame semble comme sortie d'une baignade d'été. Gracile, la dame du balcon rayonne. Avide, Alain observe la trame de l'émotion, l'ébullition du trouble. En haut, l'homme à l'appareil photo est déjà parti, en silence. La conquête de la sensibilité sera probablement moins aisée que celle des connaissances. Confus, Alain peine à ressentir.

     


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