• LE TEMPS DES SECRETS

    Les embruns de l'été pointent, déjà certains imaginent des fleurs qui sont bourgeons. Dans le bocage des chasseurs préparent l'affût, rénovent ici une clôture plus loin un abreuvoir à nourrir le gibier. A l'heure de la herse le champ est une fois de plus retourné : la 4L du paysan  posée en vrac au bord du champ. Aux abords du village de Trets la comédie pastorale est encore vive. En l'an 2000 c'est par dizaines que les véhicules patrouillaient la campagne. Comme des satellites autour du village, ces agents déplacent, construisent, sablent, goudronnent, plument. En somme, ces derniers bricolent, rêvent à l'extase dans des hangars qui fleurent bon la graisse. Parmis les ruraux, certains tentent une intégration parallèle.

    Pour exemple ce pot de Banania vieux de cent ans n'en n'est pas à ses premiers grammes de graisse. Plus haut perché dans l'atelier de Grégorie des pots plus contemporains de Benco valorisent une impressionnante collection de visserie.

    C'est là dans ce long garage que le butin des patrouilles d'un groupe de néo-ruraux très spécial est transformé en trésor. Il y a tout d'abord ce qui est d'ordre domestique. Ainsi, depuis une grange enronçée, des assiettes anciennes ont été extraites et finiront au service du squat. Une autre section regroupe ce qui est destiné aux puces : pêle-même une charrue sortie des bois quelques jarons métaliques et plus loin une lourde caisse d'outils rouillés. Par-là, les ressources de cette petite communauté s’exportent. Les habitants se rendent aux marchés aux puces de la région pour vendre leurs trouvailles tous fière de leur ressourcerie.

    Tard dans la nuit, Grégorie s'improvise en parvenu tentant de réparer la cheminée centrale qui avec la fontaine devait impressionner le visiteur. Des rêves de l'ancien propriétaire  reste toute la volonté de faire de cette vaste demeure une belle bourgeoise citadine. En pleine expansion dans les années 70 le bourg de Trets accueil une population qui jouit, transforme en pierre leur réussite. Le pendant de ce dynamisme est la somme d'équipements, de nuisances inhérentes au développement. Alors que la bourgade ce meut progressivement en une petite ville, le propriétaire de ce qui deviendra un squat est l'une des victimes du progrès en marche.

    Mal positionnée, sa demeure est frappée d'alignement, promise à la démolition dans le cadre de la mise en place d'un rond-point de sortie de ville. Là où le lieu-dit annonce la croisée des chemins, la chaussée est à présent parfaitement asservie à l'automobile. Penaud le propriétaire est déconfit, ce dernier bien qu'honnête homme n'hésite pas à mettre en boule la notification d'expropriation émise par le Conseil Général des Bouches-du-Rhône.

    Résigné, l'homme quitte finalement le navire avant son démantèlement programmé. Plus tard pourtant, dans le viseur des appareils de mesure de la DDE les façades de la maison ne rentrent décidemment pas. Croquis après croquis, l'édifice se trouve épargné, placé à quelques mètres seulement du nouveau rond-point. Economie de démolition, soucis d'esthétismes, nul ne sait ce qui a finalement sauvé la demeure.

    Alors que le propriétaire a été indemnisé, a quitté les lieux depuis deux ans, un groupe de trois jeunes gens d'une vingtaine d'années s'improvisent propriétaires. Poussant le portail, taillant les ronces au besoin, ces derniers sont immédiatement interpellés par le voisin qui s'étonne en ire de cette visite dominicale. S’auto désignant comme des membres héritiers de la famille du propriétaire, les squatters misent sur la carte du culot. Le plan fonctionne, une poignée de main scelle l'amitié avec ces nouveaux voisins qui vont ainsi occuper la maison durant deux ans.

     

    Aux premiers jours, c'est parmis les restes de chantiers, quelques crottes de rats que les nouveaux résidents passent la nuit. Très tôt chacun s'affèrent à la réouverture du site et déjà les documents d'expropriation mis en boule sont trouvés, élevés au rang de reliques. En sus de cet acquis de valeur historique, un vieux ratelier contient encore un jeu de clef de la bastide. En quelques jours chaque pièces a retrouvé un usage, les vitres sont propres, les sol de carreaux ciments ont retrouvé leur éclat mystique.

    Dans la petite commune de Trets, si les ragots vont bon train peu de cas est fait de ces rodeurs des champs, des squatters du rond-point qui en fouillant les ruines brulées de bastides refont un capital. Du reste le cimetière de caravanes secret du village est admis comme une référence pour les motos cross du dimanche, pour les chasseurs ou les agents récupérateurs du squat de Trets qui fréquentent au final les mêmes endroits. Là sous les lignes électriques en ce mardi après-midi, David tente de récupérer ce qui fut un banc d'arrêt de bus qui est à présent totalement recouvert par la végétation. Ce nouveau spot, David l’a découvert par Thomas un marginal qui lui ne vit pas au squat de Trets.

    Thomas ne présente pas le profil d'aventurier à tout le moins de rat des champs requis pour intégrer la "maison du rond-point". Dans le monde de Thomas tout est basé sur les bédos et les canettes là où les yeux des squatters du rond-point brillent pour la Maison des Singes, leurs corps vibrent pour la ferme au 4L, la maison brûlée de Fuveau.

    Croisé à la Poste de Trets Thomas à triste mine avec ses trois chiens qu'il insulte, frappe à l’occasion. Plus âgé, ce déjà trentenaire porte fièrement la casquette à clous des cramés. Ceux du rond-point seraient plutôt dans l'utilitaire-anonyme du treillis, la chaleur d'une bonne veste. Pour Thomas rien ne compte plus que la défonce, le reste de ses effets, de son appartement est un dépotoir. Accumulées au plus haut niveau des casseroles grasses, des assiettes sans charmes aux reliefs de nourritures pourries qui finiront par être jetées.

    C'est toujours l'heure du café chez Thomas. Pour les visiteurs c'est le self-service avec la boite de Nès, la casserole d'eau à bouillir sur le réchaud engraissé. Ravit d'être visité Thomas ne reste pas inactif sortant sa précieuse caissette. Autour d'un joint Thomas se plaint, gémit sur sa condition désignant malheureux un tertre de boites de conserve. De l'époque où Thomas rapinait dans les champs, il ne reste que des sacs de végétaux sublimés. Pourtant, Thomas avait des mois auparavant entraîné le trio du rond-point à la chasse aux laitues. Cette nuit là, Thomas brillait encore de ses solides connaissances, c'était peut-être les plantes son trucs après tout ? 

    Accablé, Thomas ne va plus que rarement à "Bouc" où sa bande d'amis continue à se réunir. Ces derniers squattent à l'occasion un garage annexe de la vaste propriété possédé par les parents de l'un d'entre-eux. C'est là-bas, dans la camaraderie que Thomas s'est initié à la défonce. Si les joints tournaient abondamment très vite des drogues issues des raves party se sont invitées aux soirées. Autour du DJ de la bande les weekends ont le temps d'un été glissés vers les semaines. Si presque tous les membres du groupes ont su à l'issu d'un hiver glauque passé en free party reprendre le cour de leurs vies, bien que celles-ci fussent ponctuées d'excès, Thomas eu beaucoup plus de mal.

    Comme dans une bande de potes bien soudée c'était souvent l'enjeu du café que d'exprimer le cas de Thomas qui finirait tôt ou tard par être à la rue : viré de son logement. Même loin de Bouc au rond-point la une des news c'était Thomas. Chez lui devant son café froid comme un mégot Thomas s'était repris le temps d'un bongue que lui seul continuait à utiliser. Parfois quelques grands frères du villages désoeuvrés passaient chez "le Thomas" avant de rentrer chez leur mère. Pour Thomas, la marginalité était totale là ou le "Vieux Mourad" pouvait compter sur l'atre familial. De retour à la maison du rond-point, les squatters envisageaient à présent avec effroi le "problème Thomas". Menacé d'une expulsion imminente, ce dernier ne manquerait pas de venir demander asile à la Maison du rond-point, ses occupants sauraient-ils le lui refuser.

    Déjà durant l'hiver Grégorie avait été éprouvé par la détresse de Thomas. Comme aux temps les plus anciens alors que la neige tombait en abondance, le trentenaire amaigri s'était présenté à la maison du rond-point : il avait faim. Si des galères pouvait arriver à la Maison du rond-point, ses occupants n'eurent jamais à manquer de nourriture comme leur logis fut toujours très bien tenu. En somme deux mondes s'affrontaient au niveau du portail où Thomas attendait en soumis.

    Reçu, c'est au chaud de la cheminée, sous les remontrances que ce dernier reçut tel un clochard quelques boites de conserve et autres pitances. En sus de sa misère, "le Thomas" qui fut  jadis "le dandit" portait à présent  sur lui en permanence l'odeur putride issue des excréments canins dissiminnés partout sur les sols de son appartement.

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    L'intrusion de la grande misère dans le repère de ces jeunes qui cherchaient à vivre leurs expériences, sorte de construction à la frontière de la ruralité, du recyclage et de l'exploration faisait poindre les limites d'un système. A l'été c'est dans une benne que les restes des affaires de Thomas furent jetées. L'appartement était à présent condamné, Thomas partis sur la route, à l'aventure : abimé il parvient à rejoindre Simiane.

     

    Lire la suite "C'était un dimanche à Simiane"    

     

     

    Aix-la-Désenchantée, du rêve à la réalité - Tout les faits décrits sont réels seuls les prénoms des protagonistes ont été modifiés (...)


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