• LECHÂTEAU D'ELISE - 3/3.

    Il est vrai que l'un des traits réccurents aux endroits visités, aux lieux cités est, outre la présence d'humains, la présence de chiens. Compagons aux multiples façettes, leur présence doit certainement rassurer mais aussi permettre l'exercice d'une certaine forme de sociabilité. La construction des groupes de "jeunes" errants en tribus comme un subsitut à la famille tend à objectiver la possession d'un animal comme un point d'affiliation double. D'une part  avec la communauté marginale mais également avec la communauté restante.

    Cette transversalité, universalité animale, héritage totémique se lit à n'en point douter par la présence d'étranges écuelles .... posées en des endroits incongrus. Quel bâtiment de taille respectable et pourvu d'un parking, d'espace vert, d'un exterieur en somme ne possède pas son lot de passagers clandestins quadrupèdes. Souvent c'est Jeannine : "tu sais la vieille du standard" qui leur donne à manger à ces "sales chats de merde qui nous bouffent tout" affirme Marcel sur un ton on s'en doute des plus vindicatif.

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    Il est vrai que la-bas, vers les grosses pierres au bout du parking il y a toujours à l'abri contre le mur une assiette, un bol issu de quelques recyclages administratifs, remplit de mou - 43°31'03.87"N - 5°26'52.27"E. "C'est sûr si on continue ils seront plus nombreux que nous" renchérit Marcel. A la pause de midi quelques Atos, véritables ressortissants de la facultée, doivent écouter Marcel : ce disque rayé. Après son départ , Martine avance que : "c'est sûr il est allé boire son whisky". Chacun y va de sa remarqe et d'échanger sur l'actu des transgressions.

    LA MAISON DES SINGES DE PEYNIER

    Parfois, derrière un transformateur électrique il y a aussi ces "plateaux-repas" pour chat. Pour le coup on cherche une vieille du regard. On imagine cette dernière, version pigeon, répendant sur une surface de ville piétonne et pavée une quantité impressionnante de pain prêt à être becquetté. "Dès fois ils sont bien plus gentils que la pupart d'entre nous" telles auraient pu être les paroles de la dame aux pigeons. Elise R, aujourd'hui décédée, aurait pu tenir les mêmes propos. Elise résidait dans une modeste maison non loin du petit hameau des Michels du coté de Peynier - 43°30'05.82"N - 5°26'30.50"E.

    Cette demeure, nommée La Treille à l'origine, nous l'avions surnommée : "l'Ilet aux singes". Et pour cause, Ranko un solide gorille y a longtemps demeuré effrayant parfois les enfants de voisins attirés par l'étrangeté des lieux. La maison est sise en bordure d'un petit chemin rural, sans voisin;  le bâti est modeste avec un grand terrain - de 1,2 hectares environ - en partie planté de vignes. L'entretien de celles-ci est confié à Mr R plus ou moins exploitant viticole. A la fin des années 1970, en 1978 exactement,  la masure est confrontée à de nouveaux occupants qui vont profondémment la marquer. Paul et Elise R  rentrent alors d'Afrique. La-bas, leur vie rappelle la série Daktarie. Lui, soignant un singe, elle, brossant un lionceau, voila quelques uns des clichés noir et blanc, la période africaine de ce couple de futurs quinquagénaires.

     

    Le retour inévitable en "métropole" est difficile et pour garder le "contact" Paul et Elise ramènent d'Afrique quelques uns de leurs compagnons. On retrouve Ranko le gorille mais également une panthère et des lynxs. Les quadrupèdes exotiques sont parqués dans des cages sur le côté de la maison ou encore dans un enclos sur le devant. Ces installations, éxécutées à la va vite, contrastes avec la "cellule" aménagée pour Ranko à l'intérieur mème du foyer . Celui-ci du reste est modeste. Il y a deux niveaux. En bas : un salon, une cuisine et à la suite un garage. En haut : deux chambres. La maison de Ranko est une pièce attenante au salon qui communique avec cet espace par une solide porte armée de barreaux véritable pièce carcèrale.

     

    Paul R est allemand, il est né en 1915. Elle est née en Agérie et est un peu plus plus jeune que lui. Le couple passe pour étrange auprès des riverains et des habitants de la petite commune de Peynier. Madame récupère volontier les fruits gâtés en fin de marché pour nourir sa petite ménagerie. Un jour, vers 1998/2000, pour des raisons indéterminées, Paul "repart" en Allemagne laissant Elise seule à ses rêves de .... vétérinaire, de zoologue accomplie. En effet, Elise forte de son expérience africaine nourissait le secret espoir d'épouser la profession, de trouver de nouvelles possibilités : une symbiose professionnelle avec ses chères animaux.

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    Non loin de la demeure, du coté de la déchetterie de Trets, se trouve justement l'un des seuls instituts qui pratiquaient dans les années 2000, de façon officielle, des expèriences sur les animaux et notamment sur certaines variétés de singe... Ayant rédigé un cv, une lettre de motivation, Elise tenta sa chance mais pour elle, se fut une triste désillusion. Un mur énorme était posé entre les connaissances quelle ressentait et les compétences préssenties pour réussir le sinistre recutement.

    Du reste, la maison fut laissée à l'abandon au départ d'Elise pour une maison de repos. Celle-ci, livrée à elle même, s'était laissé aller dans la demeure au point de donner à celle-ci des airs de maison fantôme. Les animaux d'une fragilité tropicale mourraient les uns après les autres. Non qu'ils n'eurent été aimés mais plutôt que cet amour fut dépassé. Ce n'était plus l'heure de Daktarie. La passion d'Elise poussait cette dernière à pratiquer des autopsies sur la dépouille des animaux qui par la suite était stockés dans deux congélateurs, mis à l'abris du temps dans le garage.

    Le départ d'Elise laissa un site dévasté. Il y est peu aisé de distinguer l'avant de l'après, le mélange du rangement. Il y a ces lettres non ouvertes qui marquent de la retraite solitaire d'une propriétaire laissée là à plus de 3 kilomètres du bourg. Il y a bien les véhicules dehors. Cette Volvo blanche avec les sièges rongés par des singes, des passagers occasionnels. Mais la flotte est inutilisable comme avariée. Une caravane au dehors semble hors du temps tandis qu'au garage, trois ans après le départ d'Elise, les congélateurs sont toujours là, leur contenu dégage à présent une odeur putride.

    Le sol est jonché d'objets. A terre le carrelage est recouvert. Un livre d'apprentissage pour l'anglais, un dés à coudre et des sacs, une montagne de sacs poubelles. Ils sont là, jetés vers le garage depuis la cuisine et jamais débarassés. Il y a là quelques semaines, quelques mois d'une vie que l'on devine précaire : la détresse d'Elise...

    Fin

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                                                                        2002                        2009                201                  1  2012                   


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  • Commentaires

    1
    martheingalle
    Mardi 21 Juillet 2009 à 19:48
    d?nchant??ise... d?rticul?.. coup de c½ur pour celui-ci.
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