• OBSERVATOIRE DE LA DELINQUANCE ACTE - I

    Activation des réseaux provinciaux

    Tandis que le nouveau pôle universitaire de Provence émerge, les transferts de professeur battent leur plein au sein de l’imposant établissement. A la page, le département de Sociologie compte bien sur Laurent Mucchielli pour stimuler ses troupes. Attendu tel le grand joueur au stade, le maître de conférences aux mille apparitions télévisées présentait  ce mardi 13 décembre 2011 les contours du laboratoire de recherche créé à son intention.

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    Comme écrin pour cette présentation, la MMSH d’Aix-en-Provence – Maison Méditerranéenne des Sciences Humaines - est en effervescence c’est avec croissants et mini pains au chocolat qu’une soixantaine de personnes se pressent dès 8h00 pour assister à une journée de conférence visant à présenter le projet de recherche.

     

    Au terme du petit-déjeuner servit à discrétion, les participants s’étalent sur les rangs de sièges de l’amphithéâtre de la MMSH. En guise d’introduction, une représentante de l’institution est très fière d’accueillir un « vrai programme scientifique »

    Très vite Laurent Muccielli prend la parole assis au côté de deux étudiantes déjà investies dans l’entreprise scientifique. Il s’agît de créer un laboratoire d’observation de la délinquance basé à Aix-en-Provence afin de mettre en application la recette des « cinq i » : interdisciplinarité, internationalisme, identité, inter-institutionnaliste et inscription territoriale.

    Fort de ces préceptes, Laurent Muccielli milite pour une « diversité des réseaux » tout en égrenant les noms et titres des individus déjà engagé dans l’observatoire : tous relèvent du champ universitaire.  Fort de ce premier carré de fidèles, Laurent Muccielli vise à établir un diagnostic, un mécanisme d’évaluation des politiques publiques relatives aux phénomènes de délinquances. Pour ce dernier,  il importe de valoriser le travail de terrain, de dénoncer en substance « ceux qui écrivent sur des villes ou des quartiers sans jamais y avoir mis les pieds ».

    Bien à propos, le nouveau chef de laboratoire remercie les villes ou les collectivités territoriales qui ont déjà adhérées au projet. Ainsi la commune de Septèmes-les-Vallons (13) reçoit-elle un bon point tout comme le procureur de Marseille ou encore l’ADDAP13 – Association Départementale pour le Développement des Actions de Prévention des Bouches-du-Rhône - tandis que d’autres acteurs sont dénoncés : ces derniers proposant par voie d’appels d’offre des missions d’évaluations de la délinquance organisées sur une période de deux mois.

    Sans citer les coupables, Muccielli prêche pour sa paroisse ventant l’efficacité supposé de son système pérenne pour une période de trois années. Pour se distinguer de l’offre classique, Laurent Mucchielli fait état du trop-plein bureaucratique constaté dans les institutions traditionnelles.  En sus, Laurent Muccielli rappel à tout va son indépendance garantissant celle-ci par son appartenance à la fonction publique d’Etat.

    En quelques sortes, Laurent Muccielli entend jouer les francs-tireurs pour lutter contre une élite statistique en place, pour contrecarrer le déficit d’informations fournie par les différents ministères. A ce titre, Muccielli regrette l’arrêt de la publication par l’Etat, à partir de 2008, des chiffres relatant l’état de la délinquance à un niveau local tout en dénonçant une nomenclature obsolète utilisant « d’anciennes appellations. »

    Pour Laurent Muccielli il s’agit de laver plus blanc que blanc et ce dernier de dénoncer « l’idée très politique d’une cartographie de la délinquance ».  L’Observatoire Nationale de la délinquance et des réponses pénales  – devenu bis –  à travers son ancien directeur Alain Bauer  en prend pour son grade taxé de fournir des données imprécises.  Du reste cet organisme placé directement sous tutelle ministérielle apparaît comme peu indépendant, son directeur étant pour exemple nommé par le Ministre de l’Intérieur.

    En guise de solution, provisoire peut-on espérer, Laurent Muccielli propose une première grille de classement « maison » des actes délictueux qui comporte beaucoup moins d’entrées que les versions étatiques précédentes.

    De l’observation de la délinquance : d’un cadencement à l’autre

    La mise en catégories des individus, de leurs comportements est étriquée en cinq rubriques. La première correspond à  la « petite et moyenne délinquance » qui serait selon Laurent Muccielli exclusivement mue par l’argent : les vols et cambriolages sont affectés sans distinction à cette classe. La deuxième catégorie  intitulée « délinquance liée aux mouvements sociaux » ressort comme l’innovation du moment caractérisant un lien entre l’état du social dans un secteur géographique précis et les infractions qui y ont été constatées. La troisième catégorie regroupe la « délinquance organisée ». La quatrième catégorie introduit explicitement le label « délinquance en col blanc » tandis que la cinquième catégorie, qualifiée par Laurent Muccielli de « fourre-tout », englobe les « violences interpersonnelles » : il s’agit pêle-mêle des viols, des meurtres ou autres tentatives de meurtres.

    Outre les risques de stigmatisation des individus compris dans la troisième catégorie sous l’étiquette de « violence quartiers », ce classement fait la part belle à l’imprécision celle-là même fustigée en introduction par le maître de conférence.  A la suite, une série de cartes peux lisibles aux tons violacées est présentées à l’auditoire pour rendre des  faits découverts lors des premières investigations de l’observatoire. Aucune surprise dans ce tableau de chasse mais des évidences : la région de Cannes détient le record régional d’atteintes aux résidences secondaires, le constat d’une recrudescence des actes délictueux en périodes de vacance dans les zones balnéaires.

    L’accent est porté à l’occasion sur l’étrange et mythique brigade de Gendarmerie de Gassin Saint-Tropez , son renforcement en période d’été à la façon des reportages diffusés en boucle sur certaines chaînes câblées mettant en exergue « les vacance de tous les dangers ».

    La recette des saisons : « l’hiver c’est chouette »

    Toujours sur le thème du contraste après celui des saisons, Laurent  Muccielli ose des comparaisons entre des villes de la région. Ainsi la petite bourgade de Brignoles – 15 000 habitants -, le village de Barcelonnette – 2 700 habitants - et la métropole cannoise sont mises en balance pour un résultat improbable et commun : une corrélation entre les taux de chômage et les acte de délinquance. Présenté comme un OVNI, Barcelonnette la tranquille cité montagnarde sise sur les berges de l’Ubaye aurait un fort taux de délinquance de ses jeunes alors que ces derniers représentent une population à faible contingences dans un contexte local de vieillissement de la population.

    Une simple visite sur le terrain permet pourtant d’expliquer cette découverte à tout le moins d’envisager des piste. De la présence d’un établissement destiné à l’accueil de mineurs délinquants –Centre éducatif Jean Escudié- parfois tentés par une poursuite de leurs activités par voie de menus larcins, à la fermeture récente des infrastructures militaires bien des éléments peuvent ici être examinés pour basculer d’une stigmatisation géographique à un schème explicatif.

    Dans le public, un spectateur magistrat  professionnel, se désole lorsque Laurent Muccielli fustige l’absence de données chiffrées à propos de la délinquance sans même évoquer la possibilité de recueillir la qualification des infractions retenues par la justice et de facto rendue public. Incontestables, ces chiffres reflètent de la  véritables natures des délits, tels que ces derniers sont interprétés par le Droit,  même si les faits non poursuivit ou non déclarés échappent au dispositif.

    Si l’intention d’ouvrir un laboratoire traitant de la délinquance est louable et ambitieuse, en quoi le processus envisagé tranche-t-il d’avec les éléments déjà disponibles sur le « marchés des données sociales » ? Le lourd investissement à mobiliser pour créer un observatoire de la délinquance en terme de recherches induit pour Laurent Muccielli et son équipe de constituer en amont une solide boîte à outils, de passer ces derniers à l’épreuve du terrain. Tout juste âgé de six mois, le nouveau laboratoire de recherche est à envisager comme en phase de test, une version beta d’un futur système que chacun espère efficace, indépendant et surtout tout à fait différent de l’offre actuelle.

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