• PARTIE 2.

    I. La formation disponible pour accéder aux unités de production de médicaments

     

    La perspective de remonter les filières menant à la professionnalisation d'une partie des ouvriers de l'industrie pharmaceutique intervient comme un fil conducteur depuis lequel la collecte de matériaux apporte du sens à notre démarche. Au fur et à mesure nous mettons en perspective des enjeux plus larges que la mise en ligne d'une activité, que la formalisation de tâches qui par leurs spécificités sont tenues dans des contours flous.

     

    1. Des formations et des candidats hétéroclites

     

    Depuis le personnage d'opérateur de production en milieu industriel et plus spécifiquement au sein d'usines de production de médicaments, nous retraçons la fabrication de symbolique permettant à un individu de se reconnaître en une profession et aux membres d'une profession de reconnaître l'un des siens. Si de nombreuses professions sont pourvues d'un système de formation bien rodé comme celui menant à la profession de cuisinier avec le réseau d'écoles hôtelières, d'autres apparaissent comme dépourvues d'un tel appareillage. Non que ces dernières professions n'existent pas mais plutôt que par leur faible représentation, par leur diversité ou par d'autre causes ces dernières soient moins reconnues.

     

    La carrière d'ouvrier au sein d'une usine fabriquant des médicaments n'est pas à proprement parler un objet aux traits médiatiques. Sans nous livrer à un exercice de classement des professions les plus valorisées il est aisé de déduire le faible degré de prestige de ce type de filière, la faiblesse des vocations suscitées. La construction du prestige pour une profession reste toutefois une piste de travail intéressante dans la mesure où un public doit tout de même être trouvé pour fabriquer les médicaments et de surcroît, les membres de celui-ci doivent se conformer à un ensemble de règles, de conduites incluses dans les caractéristiques sanitaires légales des fabricants de médicaments. Il importe donc pour les industriels du médicament de maintenir à portée une main d'oeuvre comportant certaines caractéristiques.

     

    Difficultés de conversion du savoir technique en capital légitimé

     

    Dans le cas de l'industrie nucléaire, Pierre Fournier décortique la mise en place des filières de formation des "petites mains du nucléaire" ayant en charge les missions de radioprotection au sein des sites. En ressort la fabrication par l'industrie nucléaire d'institutions spécifiques ayant pour fonction de former les radio-protecteurs et par adéquation une normalisation de cette activité, une standardisation du profil des acteurs. En fait, au-delà d'une standardisation, il s'agit de donner une habilitation aux seuls individus ayant remplis l'offre de formation. De la sorte, les candidats reçus présentent les connaissances, les attitudes attendues par les employeurs.

     

    Dans le cas de la fabrication de médicaments, la formation interne reste la seule alternative permettant l'acquisition d'un degré de connaissance suffisant pour faire d'un homme un agent opérationnel sur une chaîne de production de médicaments. Pour Manuel, rencontré au abord de l'usine de médicaments marseillaise Oblyxe, il s'agit "de maîtriser l'engin pour pas qu'il plante tout et se faire planter par le boss". Manuel, opérateur de production sur une chaîne de fabrication de gélules fait ici allusion aux contraintes liées à l'utilisation d'instruments de production industriels très complexes. Cette sorte de savoir très spécialisé est souvent appris sur le tas dans la mesure où la gamme d'outils de production utilisé dans le cadre de la fabrication de médicaments est très large.

     

    Le travail en milieu industriel implique dans un ordre général d'apprivoiser, au-delà de la formation reçue en amont, un ensemble d'appareillages, de machines spécifiques utilisées uniquement à l'occasion du contrat. Dans le domaine du nucléaire par exemple, le contenue de la formation porte sur les termes connexes au nucléaire et si la plupart des individus formés se destinent à travailler en centrale certains d'entre eux, écartés du circuit classique, se cantonnerons à exercer au sein des nouvelles filières du nucléaire. Ainsi, le matériel utilisé sera différent selon l'activité précise développée par l'employeur. La dépollution de sites contaminés par exemple ne mobilise par les mêmes types d'équipements, les mêmes types d'attitudes que le travail d'entretiens, de surveillance attendu dans le cadre d'une centrale nucléaire.

     

    Pour apprécier les offres de formations disponibles, celles qui préparent les hommes au profil d'opérateur de production au sein d'une unité de production de médicaments, nous recensons les différentes possibilités de formation. La mise en place d'un inventaire des circuits de formation se traduit par une recherche systématique des institutions qui proposeraient une formation, qui dispenseraient des connaissances en vue de former de futurs opérateurs de production.

     

    Cette méthode ne peut prétendre à assurer une couverture totale des moyens mobilisés pour produire de nouveaux opérateurs de production. En effet, à côté des offres apparentes, demeurent des offres plus sous-jacentes et proposées par le biais de circuits différents. Le recrutement par la méthode du bouche à oreille notamment apparaît comme un phénomène particulièrement difficile à prendre en compte.

     

    Pour vérifier de l'impact, du poids des institutions de formation, d'habilitation pris en compte nous cherchons à percevoir l'état des connaissances des ouvriers et des ouvrières de l'industrie pharmaceutique à propos des voies d'accès à leur propre activité. Ainsi nous pourrons confronter le profil des employés rencontrés - comme nous le verrons via des plates-formes communautaires - avec les profils dépeints par les annonces d'embauches émisent par la plupart des groupes de l'industrie pharmaceutique.

     

    La confrontation entre éléments recueillis et tâches de travail réellement effectuées intervient comme un exercice central, comme une nécessité pour ne pas risquer de livrer un savoir qui se limiterait à une lecture des offres d'emplois, à une présentation lisse des libellés d'offres de formation et de facto à observer le travail uniquement depuis une position externe. L'échec de notre intégration par la voie de l'intérim au sein du groupe Oblyxe, nous force à repenser notre organisation de travail, à revoir nos modes de pénétration du terrain.

     

    Cette voie d'entrée sur le terrain par l'établissement de contacts avec ceux qui dans le bruit fournissent le labeur nécessaire à la fabrication de médicaments reste une source intéressante d'informations mais ne permet pas de dépasser un niveau descriptif ni de s'affranchir du filtre inclue dans le discours des travailleurs interrogés. Il s'agit là de recueillir les représentations des agents avant ou après leurs heures de travail puis d'exhiber la recomposition imaginée par les individus pour rendre de leur activité professionnelle.

     

    Les tentatives d'encadrement historiques des opérateurs par l'institution scolaire

     

    La composition de l'effectif des candidats à des postes d'opérateurs de production peux apparaître dans un premier temps comme hétéroclite. A son image, l'offre de formation est très dispersée et ne bénéficie pas d'une lisibilité immédiate. Pour asseoir notre constat nous mettons en opposition dans un premier temps le système de formation dit général comprenant une formation de type universitaire et le système de formation professionnelle ou au moins libellé comme tel.

     

     

    Une plaquette émise par le Ministère de l'Education Nationale en date du mois de janvier 1969 précise formellement les "possibilités d'orientations après la classe de 3ème[1]". Le fascicule décline les différentes possibilités selon trois ordres. Le premier correspond à la poursuite d'étude de second cycle, le second à "la poursuite d'étude en deux ans" enfin un troisième groupe est titré "interruption d'étude et entrée dans la vie active". La professions d'opérateur de productions au sein de l'industrie peut être inclus dans deux des groupes d'orientations proposés. Tout d'abord dans le deuxième groupe avec le Brevet d'Etude Professionnelle "Conducteur d'appareil" puis au sein du  troisième qui évoque "l'entrée en apprentissage sous contrat possible notamment dans le domaine de l'industrie".

     

    Depuis 1960, des parcours dit professionnels proposent pour certaines filières au moins trois niveaux de diplômes. Il s'agit des CAP, des BEP et des Bac professionnels. Ce dernier niveau sera dans un premier temps compris dans les filières d'enseignement général. En effet, l'élite technique, porteuse d'un niveau définie par le substantif "bac" est assimilée à la poursuite d'étude de second cycle et à ce titre l'accès se fait en continuité de la classe de troisième, par la classe de seconde. En 1969, les bac de technicien qu'ils soient complétés des mentions "de l'informatique", "construction mécanique" ou encore "industriel"sont donc réservés aux élèves restés dans la filière classique, au sein des lycées d'enseignement général.

     

    En quelque sorte, les formations de BEP et de CAP restent dans un premier temps des filières courtes dont la durée ne peut excéder deux ans. De la sorte, l'entrée sur le marché du travail est programmée à court terme. La division du travail au sein des groupes industriels, des usines est calquée sur ce modèle qui laisse entendre l'existence de nombreux points de rupture entre les ouvriers de production, requalifiés sous le terme d'opérateur de production et les employés, plus qualifiés, ayant en charge l'encadrement.

     

    L'avènement des bac professionnels, le désengagement progressif des lycées par rapport à la charge des enseignements techniques vont changer le système utilisé pour normaliser le degré de connaissance détenu par les individus. Dans le même temps, les prestiges sont redistribués. Ainsi, les "filières techniques" des lycées deviennent les "filières professionnelles" des lycées d'enseignements professionnels. En parallèle, la spécialisation des élèves est de plus en plus fine. Là ou le bac de "technicien industriel" rayonnait dans tous le secteur secondaire, le bac professionnel "industrie et procédé" cible un publique moins large.

     

    Comme nous le signifions plus haut, le profil des candidats aux diplômes menant entre autre à la profession d'opérateur de production apparaît comme pluriel. Toutefois, les motivations des élèves, des apprentis candidats aux BEP, CAP ou encore au BAC CAIC sont à l'image d'autres filières techniques rarement basées sur la recherche de prestige.

     

    2. L'offre de formation historique

     

    "Pour étudier un métier nous devons tous les considérer comme socialement semblable afin de ne pas proposer une analyse qui relèverait du sens commun. Ainsi, il s'agit de trouver des traits communs à toutes les activités[2]". Comme l'évoque notre très rapide aperçu du système d'enseignement, ce dernier est soumis à de fréquentes transformations dont nous n'avons pour ainsi dire ici rien évoquées. Toutefois, le recours à un système de formation formalisée par les états reste une constante s'agissant de définir les métiers ou au moins d'arrêter une signification pour ces derniers en terme d'offre de formation institutionnelle.

     

    L'activité de fabrication de médicaments au sein d'une usine pourrait être assimilable à première vue à l'exercice d'une activité non-qualifiée dans le sens où l'activité pratiquée ne requiert a priori aucune habilitation spécifique. La fabrication des qualifications de l'individu ne tiens alors qu'aux seules connaissances précédemment acquises et à celles en voie de l'être au contact même de l'activité.

     

    L'effet paradoxal des diplômes : de l'activité artisanale à l'exercice d'un savoir coupable

     

    La mise en place progressive de filières spécialisées va entraîner une rationalisation sur le marché du travail notamment dans le secteur de l'industrie. Des procédures d'institutionnalisation des carrières sont organisées au moyen de jeux de correspondances posés entre chaque activité ou ensemble d'activités et un parcours scolaire, un diplôme spécifique. Cette sorte de dispositif tend à amoindrir les possibilités d'employabilité pour les candidats à l'embauche.

     

    Pour certains individus, la détention d'un diplôme agit comme une contrainte. En quelque sorte, ces derniers sont comme enfermés dans les rôles prescrits par le libellé du diplôme. Pour d'autres, l'instauration de filières spécifiques d'accès à certaines tâches, à certaines activités représente une barrière infranchissable et signifie de leur exclusion du marché du travail relatif aux professions incluses dans le processus de formalisation.

     

    Le diplôme de CAP ou de BEP "Tourneur-fraiseur" par exemple a presque valeur de licence pour la pratique de cette activité qui devient, au moins au sens bureaucratique, une profession. De ce fait, l'individu-candidat doit être pourvu de la dites licence pour prétendre décrocher une embauche. Dans le même temps, ce diplôme ne permet pas d'accéder à d'autres professions ce qui agit comme une contrainte pour ceux qui en sont les titulaires. A l'inverse, certains diplômes "professionalisant" offrent des perspectives plus diversifiées en terme de secteurs d'activités professionnelles ou de postes de travail.

     

    Le CAP ou le BEP CAIC par exemple peuvent être positionné comme des outils efficaces pour fournir en main d'oeuvre un grand nombre de secteurs d'activités au sein du secteur secondaire. "L'opérateur de fabrication des industries chimiques assure la conduite et la surveillance des installations de fabrication de produits chimiques. Il peut s'agir de produits industriels destinés à la réalisation d'autres produits – produits azotés, matières plastiques...- ou de produit directement utilisables – médicaments, huiles essentielles, peintures".

     

    Cette définition du contexte d'activité de l'opérateur de production - parfois également titré "opérateur de fabrication" - est issue d'une fiche de métier éditée par le Ministère de l'Education national en 2003. La présentation de la formation n'est pas calquée sur l'exercice d'un métier spécifique mais plutôt sur l'apprentissage de gestes techniques, de connaissances sélectionnées par rapport à un environnements de travail spécifique. Il ne s'agit pas de préparer un public pour une profession précise mais plutôt de rendre les candidats employables dans un secteur d'activité tout entier.

     

    L'industrie pharmaceutique une voie royale pour les CAIC

     

    La pluralité des possibilités incluses dans ce libellé, qui fait office d'édito par rapport à cette fiche métier, est appuyée par la reconstitution, le témoignage d'un personnage présenté comme un "ancien CAIC au travail". Cet exemple n'est à notre sens pas choisis au hasard. Pascal Scweighard ancien CAIC a le privilège du rôle de l'exemple. Ce dernier est présenté comme l'un des employés participant à la fabrication de médicaments au sein d'un groupe pharmaceutique américain dont l'une des filiales est implantée en France : le groupe Catalent[3].

     

    Ce choix d'un modèle, d'un CAIC témoin évoquant la journée type d'un employé à l'intérieur d'une usine de fabrication d'assemblage induit pour le lecteur – éventuellement un(e) futur(e) candidat(e) à la formation CAIC - des perspectives d'avenir particulier. Sans attribuer au secteur de l'industrie pharmaceutique un prestige artificiel il est aisé de comprendre en quoi les tâches relevant de la fabrication de médicaments sont apprécié différemment de celles relevant de la fabrication de peintures ou encore de la production industrielle de chlore. La filière dite professionnalisante BEP CAIC, sans proposer un niveau de diplôme objectivable au circuit d'apprentissage réservé du champ médical, offre tout de même en apparence aux candidats des possibilités d'entrer par la petite porte et par le biais d'une activité spécifique dans le champ de la santé.

     

    A ce titre, les CAIC peuvent être envisagé comme une variété de transfuges au sein d'un champ où le niveau et la qualité des diplômes sont strictement arrêté pour parvenir à un échantillon relativement homogène. En effet, qu'il s'agisse de l'élaboration de médicaments ou encore de la faculté de prescrire ces derniers, la plupart des actions entreprises dans le champ médical sont rationalisées par l'exercice d'un savoir coupable.

     

    L'ouvrier CAIC occupé a vérifier des vannes, à nettoyer des machines agit fort de son savoir qui pour un bon nombre de tâches ressort comme exclusif. Du reste, dans un contexte de travail tel que celui de l'industrie pharmaceutique, les connaissances du CAIC sont utilisées pour décharger les membres des "professions prétentieuses" du fardeau des tâches objectivées comme relevant de "métiers modestes".

     

    La description de la journée de travail de l'ancien élève CAIC Pascal Scweighard s'offre comme un mythe en laissant poindre pour les potentiels candidats comme une possibilité de s'affranchir de leur condition. Le candidat CAIC embauché au sein d'une usine de production de médicaments évolue symboliquement du statut de simple ouvrier manutentionnaire au statut de "personne participant au sein d'un grand groupe à la fabrication d'un médicament".

     

    En quelques sortes le "sale boulot" est comme magnifié par le secteur de référence où il s'exerce. La description d'une "journée de Pascal" qui selon le rédacteur de la fiche métier commence par une stricte séance d'habillage intervient comme une vitrine accessible à l'élite des CAIC.

    Rien ne doit manquer à la tenue vestimentaire réglementaire. Ni les sures-botte, ni les lunettes de protection ne doivent êtres oubliées avant "la prise de poste". Le travail de Pascal est d'assembler les différents éléments d'un médicament puis d'alimenter une chaîne de production avec le produit du mélange réalisé. En fin de chaîne, Laurent un autre CAIC, doit s'assurer de la qualité de chaque médicament par un contrôle visuel.

     

    La description de la mission des CAIC en chargent d'une part des process de fabrication des médicaments est articulée dans cette fiche métier à un ensemble de qualités objectivées comme nécessaires à l'exercice de la profession : "l'opérateur de production doit être précis et rigoureux". La fiche métier proposée reprend, comme la brochure de l'Education nationale consacrée à l'offre de formations BEP/CAP, l'intitulé généraliste "métiers du CAIC" est utilisé pour définir les "possibilités de carrières" des diplômes CAIC.

     

    Une formalisation de savoir commune à plusieurs secteurs d'activité affirme d'un sens de la polyvalence des CAIC mais restreint d'un autre sens leur degré de spécialisation par rapport à un secteur d'activité spécifique. Le CAIC doit alors compter sur son expérience professionnelle pour faire valoir de sa spécialisation, pour revendiquer de son appartenance à un corps d'activité circonscrit..

     

    3 Offre de formations en marge du CAIC : de l'initiative locale au salon national

     

    L'offre de formation CAIC est présente sur la plupart du territoire par l'entremise des réseaux de lycées professionnels. Il existe sur en France 55 lycées professionnels proposant la formation CAIC[4]. Le contenu de la formation dispensée s'articule autour d'un tronc d'enseignement général commun à toutes les filières dites professionnelles et d'une formation technique spécifique à la branche CAIC. Ce dernier volet caractérise la singularité du parcours CAIC par rapport à d'autres filières techniques et en quelque sorte représente une somme de compétences normalisées.

     

    Il s'agit pour l'élève qui peut être de tous les âges d'acquérir un ensemble de connaissances spécifiques aux milieux industriels relevant de process utilisant la chimie. La construction du programme d'enseignement technique peut être objectivé comme la volonté de formaliser des tâches établies comme récurrentes dans le cadre d'opérations industrielles et en particulier dans l'industrie chimique. Ainsi une proximité historique est établie entre lieux de formation et sites industriels. Bien souvent le choix des sites d'installation des établissements de formation est directement lié à la qualité du tissu industriel local.

     

    L'offre CAIC en héritage de l'implantation historique des sites industriels

     

    Pour rendre habilement du contenu de l'enseignement des formations CAIC, au niveau BEP/CAP comme au niveau BAC, il faut donc prendre en considération la dimension locale, le lieu d'implantation des sites de formation. En effet le contenu des enseignements est ajusté, corrélé aux activités des employeurs régionaux potentiels.

     

    A n'en point douter, la formation CAIC constitue l'outil le plus efficace à disposition des candidats aux postes offerts en qualité d'opérateur de production au sein des usines assurant la fabrication de médicaments. La symbolique représentée par les diplômes reçus à l'occasion de parcours d'apprentissage CAIC est d'autant plus forte que la régions envisagée comporte de débouchés professionnelles.

     

    La répartition du parc industriel français est très inégale En ce sens, les industries utilisant des procédés chimiques, sont concentrées dans des bassins géographiques limités, parfois historiques. La production industrielle de médicaments n'échappe pas à cette règle de mise en proximité des établissements sous la forme de zones d'activités entière. Au début du siècle on recense 473 usines de fabrication de médicaments qui emplois environ 13 000 personnes, "déjà en 1900 en France, la qualité des spécialités est liée à la maîtrise de la galénique par leur fabricants"[5].

     

    La volonté de partager des fournisseurs, de diviser les frais d'entretien, de gestion d'une zone industrielle où comme dans le bassin de Lacq, le souhait de profiter de gisements de gaz poussent les industriels à s'établir en communauté. En sus des volontés privés, les services traitant de l'urbanisme au sein des différentes collectivités locales contribuent au phénomène de regroupement par un découpage en zone des territoires habilités à recevoir certains types d'établissements industriels. La sélection des espaces se fait en fonction de différents critères qui vont du registre historique à la prise en compte des risques pour les populations, pour l'environnement ou encore par rapport à la santé du tissu économique local.

     

    La région Provençale en retrait de l'activité de production de médicaments

     

    Pour se convaincre de l'hétérogénéité de la distribution des industries chimiques dans l'espace nous observons la contingence des usines de production de médicaments ou des établissements assimilés comme tels sur le territoire. Depuis ce recensement du parc industriel nous pointons la faiblesse de la région PACA quant à la représentation des sites de production de médicaments.

     

    Plus largement, le secteur de l'industrie pharmaceutique est peu présent dans la région provençale. Si l'on exclut de cet inventaire les distributeurs de médicaments que sont les officines pharmaceutiques et les médecins qui assurent la prescription des produits, l'industrie du médicament représente en tant que telle huit sites, ces derniers occupant environs 850 individus. Ces données mises en lien avec les effectifs d'autres régions marquent la pauvreté du tissu industriel dans la région provençale et en particulier dans le secteur de la chimie.

     

    La régions Rhône-Alpes par exemple est mieux dotée avec sur son territoire pas moins de vingt-trois sites de production ou d'assemblage de médicaments. Dans le même temps, la région Midi -Pyrénées en totalise à peine moins. Cette inégale répartition des industries pharmaceutiques sur le territoire s'entend comme nous le relevions plus haut, dans une suite de choix opérés à partir des années 1950. Sans proposer ici un panorama du paysage de l'industrie pharmaceutique en France, nous pouvons en évoquer quelques grandes caractéristiques.

     

    La réalité industrielle actuelle en héritage des adaptations successives des groupes

     

    En terme de chiffre d'affaire, cinq groupes français sont actuellement positionnés parmi les vingt leaders mondiaux de l'industrie pharmaceutique. L'activité de ces groupes peut être rationalisée selon au moins quatre grands postes d'activités. La branche recherche et développement, la production, le contrôle de la qualité et le marketing. Dans le cadre de notre recherche nous mettons l'accent sur l'étape de la production qui à notre sens correspond à l'aboutissement des trois autres nivaux relevés.

     

    La fabrication du médicament représente pour les groupes de l'industrie pharmaceutique la traduction d'efforts financiers très importants. Comme nous avions pu le constater à l'occasion d'un travail précédent, le secteur de l'industrie pharmaceutique comporte comme spécificité la nécessité impérieuse de disposer d'une réserve de trésorerie très importante. Ces fonds représentent des investissements à moyens ou à long terme[6]. En effet, les sommes doivent être mobilisable pour les phases intervenant en amont de la production industrielle en série des médicaments.

     

    Il s'agit dans la phase première des opérations d'inventer le produit puis, au terme de longs processus, de produire ce dernier en masse à des fins commerciales. Une nouvelle mise en parallèle peut être posée sur ce point entre les secteurs de l'industrie pharmaceutique et de l'exploitation pétrolifère. En effet, ce dernier secteur nécessite tout comme dans le cadre de la production de médicaments, la mobilisation d'une somme de capitaux très élevée en amont de l'exploitation commerciale des gisements de brut.

     

    Là ou le chercheur, membre d'une équipe au sein d'un laboratoire de l'industrie pharmaceutique découvre la bonne formule, admet la bonne synthèse pour créer un médicament, l'ingénieur en pétrole oeuvre de son côté et en laboratoire également à la découverte de nouveaux gisements d'énergies fossiles et cela au prix de campagnes réputées longues et onéreuses. En ce sens, le nombre de groupes opérant dans le secteur de l'industrie pharmaceutique s'est considérablement restreint depuis une vingtaine d'années.

     

    En effet, l'activité des producteurs de médicaments, à l'image de nombreuses branches comprises dans le secteur industriel[7], à fait l'objet de multiples mouvements par le biais d'opérations de fusions-acquisitions. Les industriels, mis en forte concurrence et soumis à des pressions financières en inflation, ne peuvent plus se contenter du simple moteur constitué par la croissance organique, de perspectives uniquement liées à la progression du chiffre d'affaire d'un établissement unique. La croissance externe à partir des années 1990, représente l'alternative unique disponible pour les groupes de l'industrie pharmaceutique pour mobiliser des réserves de capitaux suffisantes afin d'absorber des coûts de production de plus en plus importants.

     

    Les entreprises, parfois acquéresses, parfois cibles, deviennent de moins moins nombreuses par le mécanisme des opérations de fusions-acquisitions. Les modalités de tels programmes peuvent être de plusieurs ordres. Selon la stratégie définie, il peut s'agir d'absorber des entreprises concurrentes par une politique d'intégration horizontale ou encore de viser la maîtrise totale de la chaîne de vie du produit par un rachat d'entreprises clientes ou d'entreprises fournisseurs.

     

    Au terme de ces complexes processus financiers, les groupes survivants engrangent des bénéfices en terme capitalistique comme en terme de pouvoir. Ainsi, les économies d'échelle, les synergies de recette ou encore les crédits d'impôt récupérés sont autant de ressources supplémentaires conjuguées à un contrôle renforcé sur les fournisseurs, les clients ou sur la concurrence selon le type de fusion-acquisition réalisée.

     

    L'origine de ces regroupements, de cette course à la taille trouve en partie source dans l'inégalité des moyens, des conditions fiscales, des crédits - notamment alloués à la recherche – relatifs à chaque entreprises selon leurs tailles, leurs nationalités ou encore leurs formes juridiques, "la présence de filiales représentent un choix stratégique des groupes pour leur implantation mondiale[8]". La position des groupes les plus modestes, les moins solides financièrement devient rapidement intenable face à la concurrence de grands groupes multinationales qui peuvent compter sur de solides capitaux notamment levés par le truchement des marchés boursiers. "A côté de ces grands groupes d'envergure internationale, le tissu industriel à capitaux français est composé d'entreprises d'origine familiale (Beaufour-Ipsen, Fournier) et d'entreprises plus petites, parfois installées sur des niches thérapeutiques (Chauvin en ophtamologie ou Boiron en homéopathie). Elles sont aussi souvent à la tête de produits assez anciens et sans perspectives claires. Faute d'atteindre une taille critique, elles ne peuvent développer des produits nouveaux à fort potentiel. Leur avenir dépendra donc de leur capacité à fusionner ou à nouer des alliances ou des accords sous licence[9]".

     

    La faiblesse de la contingence des groupes acteurs dans la fabrication de médicaments en France se traduit par un nombre restreint d'employeur pour les salariés des différents sites. Dans le même temps, les effectifs impliqués dans la production restent constant au sein des établissements les plus importants. "Les groupes choisissent, pour une forme de médicament, une implantation unique pour leur production européenne. Ainsi, les aérosols de GlaxoSmithKline sont fabriqué pour toute l'Europe sur le site d'Evreux, le Mopral d'AstraZeneca sur le groupe de Dunkerque[10]". Le regroupements des entreprises entraîne une réduction du nombre de plates-formes d'assemblage. En sus, ces dernières sont l'objet de fréquents changements de propriétaires et dans le même temps, l'effectif des sites devient de plus en plus réduit.

    Les opérateurs de production comme élément irréductible du dispositif industriel

     

    La phase de production industrielle d'un produit qui par une suite de processus obtiendra la précieuse appellation de médicament correspond à un point précis si l'on objective le parcours de l'invention d'un médicament. Il s'agit de comprendre comme phases amonts les étapes de recherche, de tests des produits et finalement la livraison des principes actifs aux usines. Ces produits une fois assemblés, conditionnés - selon des formes précises qui ont fait également l'objet de longues recherches en galénique - deviennent des médicaments.

     

    Cette contextualisation de notre objet de recherche par rapport à un champ de référence beaucoup plus large permet de saisir la portée de notre entreprise. En effet, en questionnant les processus de formalisation des sales boulots de l'industrie pharmaceutique sur ses sites de production nous recherchons les logiques de celle-ci notamment en terme de mobilité. Comment une industrie organise t-elle son recrutement ? Autour de quels critères s'objective les qualités, la définition d'un ouvrier de l'industrie pharmaceutique et, plus précisément au niveau de la production ?

     

    Derrière des logiques de recrutement classiques, indispensables au fonctionnement des groupes peut-t -on déceler les traces d'enjeux plus important ? La notion d'attachement des employés à "leurs" sites de production, à leur usines, à leurs travails apparaît comme centrale dès lors que l'on s'intéresse à ce qui définit par convention ou dans les représentations une activité un ensemble de tâches en une profession précise.

     

    La région Provence-Alpes-Côte-d'Azur fait partie, comme nous le relevions plus haut, d'une des zones françaises les moins pourvues en industrie chimique. On ne trouve pas globalement comme en région lyonnaise ou dans l'arrière-pays toulousain de grand bassin dont le classement Seveso constitue un outil efficace d'identification. Il s'agit par la norme Seveso d'exprimer formellement les risques engagés par les groupes industriels à l'occasion de l'exercice de certaines activités. Dans le cadre par exemple de la manipulation mettant en jeux des produits hautement toxiques ou pour certains ayant des propriétés nécessitant l'emploi de matériel spécifique. Il peut alors s'agir de risque d'explosion, d'inflammation, de contamination ou encore d'asphyxie.

     

    La fabrication de médicaments requiert l'usage de matières premières aux propriétés spécifiques nécessitant l'application de procédures très strictes. Dans la région PACA le site de Fos-sur-Mer offre un exemple de secteur placé sous contrôle par rapport aux activités industrielles qui sont menées sur place. Dans ce dernier cas, le secteur de référence est celui de la production d'énergie et plus spécifiquement de l'énergie fossile. Comme dans le secteur des industries chimiques des compétences doivent être mobilisées pour assurer la bonne marche des installations.

     

    Une offre de formation en cours de diversification

     

    A côté de l'offre de formation labelisée CAIC, d'autres voies d'insertions au milieu professionnel des industries chimiques sont développées ou admises comme valables par défaut. Ce sont des filières techniques bâties sur le même modèle que le parcours CAIC à l'image de la filière Electro-technique par exemple. Enfin, des licences universitaires professionnelles et techniques peuvent également permettre d'accéder à un poste d'opérateur de production. Sur un autre registre une offre d'habilitations légales ou de formations pour effectuer des tâches ou des groupes de tâches concises est disponible. Il s'agit de formations comme le CACES[11]ou le PEMP[12]dont l'obtention occasionne la remise d'une habilitation officielle. En marge des circuits diplômant ou aboutissant à la remise d'habilitations, des formations assurent des cycles d'enseignement à propos des métiers de l'industrie chimique ou pharmaceutique.

     

    Le contenu de ces stages visent à l'acquisition par les stagiaires/clients de savoir-faire au travers de support comme les BPF[13]lors de cessions intitulées par exemple "conduite de procédé en sécurité[14]", conduites à propos de milieux professionnels particuliers. Ce type de formations est souvent exigé dans le profils des postes d'opérateur de production à défaut de diplômes professionnels classiques. Ainsi, certaines offres d'emplois précisent-elles : "connaissances des BPF indispensable[15]". Une partie de cette gamme d'outils supplémentaires est développée par les professionnels eux-même. Si ces derniers sont déjà impliqués dans l'organisation, la mise en place et le contenu des filières CAIC l'effort entrepris pour assurer une réserve conséquente de main d'oeuvre déborde les cadres institutionnels déjà tracés.

     

    Le modèle original des formations dévoilé par le truchement de Contaminexpo

     

    Dans ce contexte le Salon Contaminexpo[16]organisé par les principaux acteurs participant à la prévention des accidents industriels, à la protection des hommes et des équipements soumis à des risques de contamination de toute nature accueil de nombreux stands proposant des formations. A l'occasion de l'édition 2009 de ce salon, nous nous rendons sur place afin de questionner la nature des liens établis entre équipements et utilisateurs, entre équipementiers et industriels notamment par le biais d'offres de formation. Si, comme au sein d'un salon de professionnels classiques depuis les stands est exercé une activité de vente, il importe pour une bonne part des fournisseurs de proposer des formations, des partenariats à propos de l'utilisation et surtout de la maintenance du matériel.

     

    Visite à l'édition 2009 du Salon de la décontamination "Contaminexpo"

     

    "Il n'y a pas foule sur le parvis du Parc des expositions de Parisis en ce début du mois de mars 2009. Nous sommes mardi et le salon ouvre ses portes jusqu'au jeudi soir prochain. Ainsi, l'évènement se tiens en pleine semaine comme pour mieux marquer le caractère professionnel de la rencontre. Les immenses pavillons voisins sont vides[17]".

     

    "Au dehors une boutique qui vend boissons et journaux accueille quelques agents du parc à l'heure du premier café. Il est 9 heures lorsque je me présente à l'entrée officielle du salon. Une large banderole est placée sur la façade du pavillon, celle-ci annonce le « 11ème forum de l'ASPEC Contaminexpo ». Un oeil averti est nécessaire pour comprendre de quoi il s'agit. A l'intérieur, un point de contrôle est organisé pour accueillir et badger les personnes entrantes. Il y a des badges différents selon que l'on est un visiteur, que l'on est un exposant ou encore un conférencier. La distinction apparaît au centre du badge et permet ainsi de fournir aux participants un premier niveaud'information sur leurinterlocuteuréventuel"[18].

     

    "Après cette séquence d'identification, il faut avancer pour recevoir de la part d'une hôtesse un sac plastique « Contaminexpo » garnis d'un guide et d'un stylo sérigraphié ASPEC. Enfin, l'espace s'offre librement. C'est un grand hall aux plafonds hauts perchés avec une centaine de stands[19]. Formés comme des alvéoles l'accès se fait depuis des allées achalandées par des présentoirs publicitaires. Il y a plusieurs allées qui sont organisées pour ne pas êtres droites, pour ne pas donner l'impression de traverser l'espace comme dans une gare ferroviaire. La masse de stands donne l'impression d'un petit labyrinthe fait d'échoppes. L'humeur y est décontractée, on sent une petite émulation festive. Malgré tout, les bons contacts ne manquent pas d'être salués, aussi j'insiste à de nombreuses embrassades corporatistes. Les échanges prennent un jour amical, l'humour est ici de bon ton. Cependant, il ne faut pas s'y tromper, les contrats conclus impliquent des sommes colossales, j'aperçois un groupe d'hommes négociant la vente d'une salle propre.

     

    "A première vue, on ne distingue aucune harmonie entre les différents espaces. Souvent il y a une table, un bureau et un espace café. Plus rarement, une complexe machine est disposée sur un pied d'estal. La plupart des stands en cette heure matinale hument le café chaud et les individus devisent en buvant quelques tasses. Le code vestimentaire est stricte où au moins marqué d'une certaine urbanité"[20].

     

    "Les visiteurs croisés sont plutôt des hommes de la quarantaine à la soixantaine. Parmi les exposants par contre il y a un certain équilibre entre les sexes. Du reste ce détail me ramène à comparer cet évènement avec des concepts déjà observés en visitant le Salon de l'Automobile à Paris. Les stands étaient animés par des assistantes très bien apprêtées. Ici c'est également le cas et les exposantes rivalisent de frivolité."[21].

     

    "Dans les stands autour d'un café, il sont trois en général. Sur le badge qu'ils ont tous, pour assurer une distinction, le noms de l'entreprise qu'ils représentent est indiqué. Ainsi aucun ou peu de doute quant à la qualité des personnes, quant à leur position dans la hiérarchie intérimaire du salon. Cet évènement peut être objectivé comme un espace temporaire organisé au sein duquel des activités sont réunies et présentées en professions au moyen d'une thématique : la radioprotection"[22].

     

    "Au stand Downflo[23], le commercial maison fait l'article du tout derniers modèles de salle blanche. Les spectateurs au nombre de cinq semblent autant intéressés par l'achat du produit que par l'acquisition des principes de sa maintenance. A cet effet des stages spécifiques sont régulièrement organisés par le constructeur. Ces derniers sont payants. Il me semble que la maîtrise de la maintenance est primordiale dans un secteur ou le prix de nombreuses machines excède la centaine de milliers d'euros. Un participant est venu là pour organiser la formation de "deux gars de sa boite afin de standardiser le nettoyage", de cette façon poursuit ce dernier, "nous pourrons les faire intervenir sur toutes les lignes équipées". Je met l'accent sur les offres de formation, sur les supports de transfert de technicité utilisés pour transporter le savoir depuis les distributeurs d'équipements jusqu'aux utilisateurs[24]"

     

    "Le profil de "CAIC maintenance itinérant" représente la traduction en poste de travail de ce modèle. Du reste, ce type de CAIC peut soit être rattaché aux machines par les constructeur au travers de services type assistance soit être affilié aux propriétaires des machines : les industriels[25]"

     

     

    Au salon Contaminexpo de nombreux stands sont consacrés à la promotion d'appareillages techniques réservés exclusivement à un usage professionnel tel que les salles propres ou les salles stériles qui représentent le plus gros des transactions. Il s'agit d'équipements professionnels permettant de reproduire un environnement spécifique en terme de qualité d'air, de qualité d'eau ou encore en terme de niveau de pression. Le concept de salle propre peut être objectivé comme un ensemble de dispositifs mis en place dans le but d'assurer le contrôle qualitatif d'un espace définis.

     

    En premier lieux la qualité de l'air peut être mise sous surveillance afin de réduire la masse de poussière en suspension. La qualité attendue de l'air est définie sous la forme de degré de poussière admissible dans les différentes zones de travail .Dans le cas de la fabrication industrielle de médicaments, il importe de respecter de nombreux paramètres qui en un tout imposent de recourir à une organisation adaptée du matériel et de l'espace utilisé.

     

    L'échantillon des professions représentées parmi les presque 3000 visiteurs du salon donne des indications sur l'utilisation du matériel et du savoir associé à celui-ci – comme les modes d'utilisation ou de maintenance. Le groupe de profession le plus représenté avec un taux de 26 %[26]des visiteurs est celui des directeurs de production en milieu chimique puis avec 14 % des chargés d'affaires, ensuite avec tous deux 13 % les responsables projet et les tehnico-commerciaux, enfin avec 12 % le groupe des techniciens. Le reste des visiteurs est éclaté entre plusieurs groupes de professions[27]. En terme de secteur d'activité, l'origine de visiteur la plus représentée est le groupe "Industrie pharmaceutique" qui représente 35 % de l'ensemble des visiteurs[28].

     

    La fourniture de sécurité dans le domaine de la production de médicaments prend la forme de salle blanche, de filtres, de produits ménager spéciaux ou encore de combinaisons de travail particulières. Le but de la démarche s'entend par la volonté de contrôle des différents éléments potentiellement porteurs de danger au sein des unités de fabrication.. Les ingénieurs qualités rédigent sous la forme de fiches techniques les recommandations applicables à chaque tâches de travail.

     

    En fonction de ce degré d'exigence, le recours à des équipements particuliers, notamment visible à l'occasion du salon Contaminexpo est indispensable. L'eau est par exemple l'objet de nombreux contrôles. Il s'agit comme pour l'air, d'arriver à un niveau de pureté du liquide suffisant pour réaliser les opérations de fabrication dans des conditions de sécurités satisfaisantes. La tenue des hommes est en troisième lieux à considérer comme un vecteur potentiel d'impuretés, de germes dont le transport d'un lieu à un autre des sites de production pourrait avoir des conséquences particulièrement dommageables.

     

    L'usage d'une qualité de matériel spécifique, d'une gamme d'outils réalisés sur mesure nécessite la connaissance des règles d'utilisation, des normes de réglage de chaque appareil. Les conséquences d'un usage hasardeux seraient de rendre d'une part caduque les investissements financiers consentis et d'une autre part d'exposer les clients des industriels à des risques d'ordre sanitaire. Le concept de pharmacovigilance est ici au coeur de l'ajustement des équipements et des gestes effectués au travail. En somme, la maîtrise du matériel utilisé apparaît comme un savoir indispensable pour prétendre occuper un poste de conducteur d'appareil au sein de l'industrie chimique.

     

    Le chemin du centre de formation pour devenir un CAIC

     

    Les candidats porteur d'un diplôme acquit au sein d'une filière CAIC sont formé dans ce sens. L'enseignement reçu comprend en effet l'apprentissage, le plus souvent en milieu professionnel, du mode de fonctionnement, de l'utilisation des instruments dédiés à la sécurisation des sites de travail et des travailleurs. Mohammed âgé de 26 ans se souvient de "l'époque BEP CAIC". Ce dernier a suivit une formation selon le mode de l'apprentissage au sein du Lycée professionnel de Mérignac durant les années 2000/2002. Pour Mohammed : "le CAIC c'est bien complet, tu vois plein de truc, plein de techniques mais surtout tu rentre dans le monde du travail". A l'époque Mohammed cherche à travailler, sans formation, peux de métiers lui sont accessibles.

     

    La solution de l'apprentissage s'impose alors comme une opportunité et la recherche du type de formation est effectuée en fonction des offres d'emplois disponibles. "Pour trouver un emploi je suis allé à l'ANPE de Limoges et j'ai regardé les offres d'emploi pour les apprentis". Mohammed trouve parmi les offres une demande d'apprentis pour un site de production industriel. "Le nom de l'employeur n'était pas écrit sur l'offre, il y avait juste les référence du LEP de Mérignac et le montant du salaire, je me suis dit que ça valais le coût d'essayer que c'était peut être une chance d'intégrer une grosse boite". Il s'agissait en fait de l'usine Asta-Médica implantée dans la ville de Mérignac.

     

     

    A l'époque l'usine recrute des apprentis par le truchement du lycée professionnel, ces derniers ayant par la suite la possibilité de devenir employé de l'usine. Pour Mohammed, le passage par la formation BEP CAIC marque le début d'une carrière dans l'industrie chimique.

     

    "Au début c'était très dur, je ne connaissait rien, tout le monde me criaient dessus. Le travail c'était de nettoyer les machines, de serrer les vannes lorsque la pression était trop faible, il y avait plein de truc à faire. Disons que j'ai arrêté l'école tôt et que bon pour trouver un travail stable c'était pas évident. Du coup bah les usines du coin elles recrutaient tout le temps. J'avais plein de potes qui travaillaient chez Asta-Medica comme embauché, ça payait bien et puis t'avait les heures de nuits les primes et tout. Je suis rentré au LEP à Mérignac et j'ai passé le CAIC car pour bosser là-bas c'était obligé ou alors fallait avoir son Caces. (...) Je suis rentré comme apprenti chez Asta-Medica par le lep qui avait une liste de patron pour les CAP CAIC. Franchement j'ai bien appris à l'école mais surtout à l'usine"

     

    Mohammed va obtenir le diplôme de CAP CAIC et au terme de son contrat d'apprentissage être employé pour une durée de quatre ans par Asta-Medica[29]. Ce groupe est à l'époque spécialisé dans le conditionnement de préparations médicamenteuses sous la forme d'ampoules, le nombre d'employés sur le site de Mérignac correspond alors à un effectif d'environ 250 personnes - en 2000.

    A propos du contenu de la formation, de l'utilité des gestes appris, des procédures étudiées en milieu scolaire, Mohammed me précise les points de filiations entre l'appareillage des entreprises locales et l'appareillage disponible au sein du Lycée professionnel. En un sens, la filière de formation effectuée par apprentissage garantie à l'employé une connaissance des techniques utilisée dans l'usine constituant le lieu d'apprentissage.

    Parcours de Mohammed

     

    - 2008/2009                                          Missions intérimaires, région toulousainne

    Opérateur CAIC

    - 2006/2007                                           Isochem, Toulouse (intérim)

    Opérateur de production

    - 2004/2005                                           Soferti, Bordeaux (intérim)

    Opérateur de production

    - 2002/2003                                           Asta-Médica, Mérignac (CDD)

    Opérateur de production

    - 2000/2002                                           BEP/CAP CAIC au Lycée professionnel de Mérignac

    Apprenti CAIC Asta-Médica

     

    Comme nous l'évoquions à propos du salon Contaminexpo, le savoir-faire en matière de maintenance, d'utilisation des différents équipements de protection, de contrôle des chaînes de fabrication est un préalable à toute embauche. Le candidat à un poste d'opérateur au sein d'une usine de fabrication de médicaments doit donc acquérir des connaissances soit en acceptant d'être pour une durée de deux ans traité selon les conditions, le statut relatif à l'apprentissage soit a défaut, le candidat doit disposer d'une formation alternative notamment à propos de l'usage de certains appareils.

     

    Dans ce contexte au sein du salon Contaminexpo plusieurs stands sont consacrés à la promotion de formations. On trouve là un certain nombre de lycées professionnels proposant une filière CAIC mais pas seulement. Au côté de cette offre officielle et pourrait on dire nationale, des sociétés issues du secteur de la prévention des risques industriels proposent de former les individus à l'utilisation de matériels spécifiques. Le contenu des cours de ces formations dont la durée varie de quatre à vingt heures est axé sur le matériel.

     

    Il s'agit, contre rétribution, de permettre au public intéressé de s'initier au fonctionnement de dispositifs tels que la salle blanche ou salle propre. Ce type d'offre ramène la mission de l'opérateur de production à des tâches purement techniques en matérialisant un lien entre hommes et machines là où l'apprentissage réunit hommes et usines.

     

    Les professionnels de l'industrie pharmaceutique et de manière plus large les professionnels de l'industrie chimique on à disposition via les filières d'apprentissages une réserve d'agents importante. En sus, le temps d'apprentissage fixé – pour les CAP et les BEP – à deux années permet aux employeurs de compter sur un coût de la main d'oeuvre réduit pour tous les membres du personnel employé à des tâches selon les conditions définies par les termes des contrats d'apprentissage.



    [1]Orientation après la classe de 3ème, Ministère de l'éducation nationale Direction de la pédagogie des Enseignements Scolaires et de l'Orientation, Janvier 1969.

    [2]E.-C. Hugues, Le regard sociologique, Paris, EHESS, 1996, p. 87.

    [3]Le groupe Catalent est américain, celui-ci basé à Somerset dans l'état du New-Jersey aux Etats-Unis a été créé en 2007. Ce groupe est spécialisé dans la production industrielle de médicaments.

    [4]Voir la liste des lycées professionnels proposant la filière CAIC en annexe n°1.

    [5]Chauveau Sophie, op. loc., p. 10.

    [6]Ces périodes comprises entre trois et cinq ans correspondent au temps nécessaire à l'invention du médicament puis à la phase de tests randomisés obligatoires pour recevoir de la part de l'AFSSAPS l'AMM – autorisation de mise sur le marché – qui permet de proposer les produits en qualité de médicaments sur le marché français.

    [7]Les plus grandes fusions-acquisitions à ce jour réalisées sont, d'ans l'ordre décroissant et en milliards de dollars : en 2000, Vodafone/Mannesmann 203 – télécoms, 2001 AOL/Time Warner 182 – médias,  2008 BHP Billiton/Rio Tinto 147 – mines, 2006 ATT/BellSouth 89 – télécoms, 2000 Pfizer/Warner-Lambert 89 – industrie pharmaceutique, 1999 Exxon/mobil 85 – pétrole, 2000 Glaxo Wellcome/SmithKline Beecham 79 – industrie pharmaceutique, et en 1998 Travelers/Citicorp 73 – finance. Dans ce classement on observe la présence de deux groupes membre de l'industrie pharmaceutique au côté de groupes appartenant au secteur des médias, des télécoms ou encore pétrolier.

    [8]B. Guannel, A. Moreau, C. Plateau et R. Viatte, "L'industrie pharmaceutique : sur les chemins difficiles de l'internationalisation", le 4-Pages, Sessi, 2004.

    [9]Ibid

    [10]Ibid

    [11]L'acronyme CACES signifie Certificat d'Aptitude à la Conduite en Sécurité. La validation de cette formation est obligatoire depuis 1988 pour la conduite d'engins de transport spécifiques comme les chariots-automoteurs – CACES 1 Transpalette, CACES 2 Chariot-tracteur de moins de 6 tonnes, CACES 3 Chariot-élévateur de moins de 6 tonnes, CACES 4 Chariot-élévateur de plus de 6 tonnes et CACES 5 Chariot-élévateur à mât rétractable.

    [12]L'acronyme PEMP signifie Plate-forme Elévatrice Mobile de personnes . La validation de cette formation donne le droit de piloter des plates-formes élévatrices, il existe trois niveaux de PEMP 1, 2 et 3.

    [13]BPF, cet acronyme correspond à la suite de termes : Bonnes Pratiques de Fabrication dont l'essentiel est annexé en partie cinq du Code de Santé publique. Il s'agit d'une série de règles visant à normaliser les conditions de fabrication des médicaments notamment en terme d'hygiène des locaux et du personnel. On peut rapprocher ce concept légal des  prescriptions comprises dans "La marche en avant". Cet ensemble de règles est appliqué dans le secteur de la restauration et a été également développé dans le but d'améliorer les conditions de fabrication des produits et à travers cela de garantir un haut degré d'intégrité pour ces derniers.

    [14]Intitulé de stage non-diplômant proposé par Serfa, un organisme basé en Alsace et spécialisé dans le secteur de la formation professionnelle.

    [15]Voir dépouillement des annonces d'offres d'emplois en annexe n°2.

    [16]Le salon Contaminexpo est organisé chaque année depuis 1998 durant le mois de mai par l'ASPEC : Association de Prévention et d'Etude de la Contamination. Cette organisme créé en 1971, est une association - selon la loi de 1901 - qui regroupe 900 membres pour la plupart des professionnels issus des secteurs de la chimie, médical, pharmaceutique ou encore nucléaire.

    [17]Notes de terrain issues du journal de terrain constitué à l'occasion d'une visite sur deux jours au 11ème Salon de la décontamination "Contaminexpo" organisé par l'ASPEC au Parc des expositions Parisis à Paris les 3 et 4 mars 2009.

    [18]Ibid

    [19]Le nombre de stands était de 127 pour l'édition 2009 du Salon Contaminexpo.

    [20]Notes de terrain issues du journal de terrain constitué à l'occasion d'une visite sur deux jours du 11ème salon de la décontamination "Contaminexpo" organisé par l'ASPEC au Parc des expositions Parisis à Paris les 3 et 4 mars 2009.

    [21]Ibid

    [22]Ibid

    [23]Groupe spécialisé dans la distribution de matériel à destination de l'industrie pharmaceutique comme des salles propres, des filtres ou encore des équipements de protection individuelle.

    [24]Notes de terrain issues du journal de terrain constitué à l'occasion d'une visite sur deux jours du 11ème salon de la décontamination "Contaminexpo" organisé par l'ASPEC au Parc des expositions Parisis à Paris les 3 et 4 mars 2009.

    [25]Ibid

    [26]Les effectifs sont donné par l'organisateur du salon et calculés sur la base de 3012 visiteurs badgés pour l'édition 2009.

    [27]Sur 100 visiteurs au Salon Contaminexpo 2009, 26% étaient des directeurs de production, 14% des chargés d'affaires, 13% des responsables de projet, 13 % des technico-commerciaux, 12% des techniciens, 6% des responsables Travaux, 5% des responsables qualité, 4% des pharmaciens et 3% des ingénieurs en maintenance.

    [28]Sur 100 visiteurs au Salon Contaminexpo 2009, 35% étaient issus du secteur Industrie pharmaceutique cosmétique, 12% Etablissement de santé, 10% Biotechnologie, 10% Dispositifs médicaux, 10% Divers, 6% Industrie chimique, 6% Agro-alimentaire, 5% Industrie électronique, 3% Traitement des surfaces et 3% Nucléaire.

    [29]Asta-Médica est un groupe pharmaceutique absorbé par le groupe belge Viatris, lui-même absorbé par le groupe suédois Meda. Ce groupe possède en 2009 trois sites de production / Mérignac (F), Cologne (D) et Decatur (USA) et est notamment spécialisé dans la production de traitement des affections cardiaques et en dermatologie.


  • Commentaires

    1
    yanic
    Vendredi 26 Décembre 2014 à 06:15
    comment faire pour vous rejoindre
      • meliflore Profil de meliflore
        Jeudi 27 Août 2015 à 13:43
        Bonjour Yanic, Si vous souhaitez fournir un support ou faire publier un article sur ce blog, vous pouvez me faire parvenir votre projet. Si ce dernier correspond au contexte, je le publierai. Du reste, à l'heure actuelle je reste le seul auteur de ce blog, personne ne m'ayant proposé d'article. N'hésitez pas. ++
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