• PARTIE 4.

    III .Les parcours d'usines prenant le pas sur les trajectoires individuels                    

     

    L'industrie pharmaceutique installée dans une désorganisation organisée trouve dans un intense recours au travail temporaire un grand secourt. En plus de cette sorte d'appui privé, en la structure de Pôle Emploi forte de ses 87,5 % d'offres réservé aux profils d'apprenti ou d'intérimaire - pour l'ensemble des offres émises sous le profil "opérateur de production" -, les industriels peuvent compter sur un soutient de taille au moins en terme symbolique.

     

    Pourtant, dans le même temps l'usage du travail intérimaire par les entreprises reste très encadré juridiquement. En effet, la loi[1]précise par exemple que "le fait pour l'utilisateur de conclure un contrat de mise à disposition – contrat intérimaire - ayant pour objet ou pour effet de pourvoir durablement un emploi lié à l'activité normale et permanente de l'entreprise est puni d'une amende de 3750 Euros".

     

    Les conditions d'exercice du travail d'opérateur semblent doublement contrainte par la puissance des groupes de l'industrie pharmaceutique et par la puissance des règles légales de travail. Au sein de structures techniquement complexes, souvent classées comme dangereuses mais concernant la production de médicaments stratégiquement nécessaire, l'intérim intervient comme une solution médiane.

     

    Pour aborder au cours de cette troisième partie les conditions de travail actuelles des "petites mains" de l'industrie pharmaceutique en France, nous nous intéressons à plusieurs établissements industriels. Le choix de ces sites est le produit d'une sélection de lieux opérationnels dans la fabrication de médicaments apparaissant pour la plupart dans notre corpus de petites annonces[2]. Il s'agit d'une dizaine d'usines ayant eu ou ayant pour fonction de fabriquer des médicaments ou des produits entrant dans leurs compositions. Si le texte de la plupart des annonces – 69.2 %[3]- ne précisent pas le nom du site de travail, certaines annonces le signifie par des indications d'ordre géographiques.

     

    Dans un premier temps nous observons les trajectoires de quelques plates-formes industrielles puis dans un second temps, nous synthétisons les connaissances recueillies pour les confronter à la réalité de l'actualité, au travail quotidien des opérateurs. Sans proposer ici une monographie de chaque site, nous réunissons un bref historique sous la forme d'une rétrospective des principaux évènements afin de matérialiser la dimension de mouvement dans le contexte des usines de fabrication de médicaments.

     

    Par la prise en compte des différentes époques patronales des usines, de l'évolution des groupes dans le temps nous instaurons une démarche compréhensive. Il s'agit de comprendre la construction de la professions d'opérateur de production selon un schéma de mutation, un enchaînement de processus de filiations et de désaffiliations.

     

    En effet, alors qu'au siècle dernier, le statut du fabricant de médicaments relevait du corps scientifique, de la profession de pharmacien, de nos jours cette sorte de tâches renvoie au statut d'opérateur ou d'ouvrier de production. En sus de ce processus de désaffiliation historique, l'opérateur dépossédé de toute symbolique médicale est de plus en plus un travailleur intérimaire, un professionnel de l'intérim..

     

    L'étude du parcours de sites industriels, sans révéler le taux – souvent tenu confidentiel – de recours au travail intérimaire permet d'envisager la récurrence de ruptures dans le parcours professionnels des agents. Ces derniers sans être systématiquement mandatés par une agence d'intérim subissent le plus souvent, comme nous le verrons, les crises d'identité et d'activité des plates-formes industrielles.

     

    Afin de rendre au mieux d'éventuels points de congruence qui pourraient porter un éclairage historique sur le contexte de travail des opérateurs de production nous présentons un parcours des établissements. A notre sens l'impact de la dimension spatiale est de plus en plus faible dans les arbitrages de gestion arrêtés par les industriels du médicament nécessairement organisés en groupes de taille conséquente.

     

    1 Des parcours d'usines de médicaments rectilignes devenus atypiques

     

    Le cheminement historique d'une usine ayant eu à produire des médicaments peux présenter de nombreux profils. Néanmoins, le modèle d'un parcours fracturé s'impose à propos des usines. En effet, le recours à la sous-traitance à partir des années 1990 de la part des grands groupes pharmaceutiques a entraîné la mise en vente par les groupes de certains de leurs sites de fabrication notamment à des sociétés spécialisées dans le façonnage. Séverin Muller[4]avance dans une publication un total de 27 ventes de sites intervenus entre les années 1990 et 2007.

     

    Ce phénomène conjugué aux changements récurrents des formes, des identités et des noms des groupes industriels amorcés depuis la moitié du XX ème siècle permet d'envisager comme rares les établissements de production de médicaments n'ayant au cour de leur existence connus aucune des transformations citées. Le plus souvent ces groupes ont été bâti sur les bases d'héritage directement reçue du fondateur, à ce titre l'un des signes de la rupture entre les groupes familiaux et les groupes basés exclusivement sur des liens d'intérêts est la perte de l'usage du nom des fondateurs dans l'appellation des nouvelles entités.

     

    Si la plupart des établissements comme les Laboratoires Fournier, Midy, Clin ou Mylay[5]n'ont pas survécu au phénomène de concentration intervenu dans le secteur, quelques uns fondés plus tardivement ont maintenu une continuité historique. Cette forme de stabilité des usines et de ses hommes est objectivable par la survie de l'appellation originelle des laboratoires - quasi-exclusivement éponymes aux noms des fondateurs - et par une implantation géographique historique.

     

    Le groupe Servier fondé en 1954 représente un excellent exemple de membre du groupe des survivants au rang duquel on peut admettre les Laboratoires Brothier[6]fondé en 1949, le groupe Pierre Fabre[7]créé en 1961 qui produit un modèle du type épopée familiale à la différence de la période de création de la société, en 1961. La notion de survivant est équivalente à la notion d'indépendance au sens où les entreprises cités n'ont pas elles-mêmes fait l'objet de rachat ou de transformations propres à effacer leur identité.

     

    Ipsen, régulièrement citée par la presse spécialisée comme un groupe français indépendant par référence aux groupes des poids lourd du marcher ne l'est pas d'un point de vu historique. Si les fondements du groupe remontent à 1929, à la création par Henry Beaufour médecin à Dreux des Laboratoire Beaufour, la naissance d'Ipsen[8]en 1980 signifie à notre sens de la perte d'indépendance historique de ce groupe. On notera dans le cas du groupe Solvay[9]fondé dès 1869, le mode de construction particulier utilisé. En effet le groupe est fondé à partir des locaux et du savoir d'un laboratoire préexistant : le laboratoire Sarbach.

     

     

    Parcours de l'usine Servier de Gidy[10], 45

     

    2009        Propriété du groupe Servier (France) (50 hectares)

                    Production de médicaments en propre ( 252 millions de boîtes de médicaments)

    2009        Effectif 850 salariés

    2006        Inauguration d'une nouvelle unité de production – 35 000m2 -

    2003        Effectif 743 salariés

    1996        Inauguration d'une nouvelle unité de production – 26 000 m2 -

    1995        Effectif 450 salariés

    1972        Construction de l'usine Servier à Gidy

    1956        Construction de l'usine Servier à Fleury-les-Aubrais

    1954        Création du groupe Servier – 9 collaborateurs – au domicile du docteur Servier à Orléans

     

    L'usine principale du groupe Servier basée à Gidy est surnommée localement "usine-village". Le groupe Servier est l'un des rares groupes français restés indépendant. Basé sur une politique d'innovation permanente[11], le groupe vise a assurer une forte activité sur les sites basés par filiation historique dans la région d'Orléans. On relèvera au travers de ce parcours d'usine l'ascension  constante du nombre d'employé qui a plus que doublé entre 1995 et 2009. Le groupe Servier fort de son indépendance représente pour les opérateurs de production embauché des opportunités de travail stable en terme de localisation et de patronat.

     

    Parcours de l'usine de Solvay, Chatillon-sur-Chalaronne[12], 92

     

    2009        Propriété du groupe Solvay (Belgique) filiale de Solvay Pharmaceuticals (3,2 hectares)

                    Production de formes sèches gélules et comprimés (65 millions de boîtes)

    2008        Effectif 315 salariés

    2007        Démolition de l'ancienne usine du quartier de Foch par Solvay

    2007        Solvay vend le site de production de gélules pris à Fournier et basé à Fontaine-les-Dijon

    2007        Déménagement de l'usine Solvay en périphérie de Chatillon-sur-Chalaronne

    2006        Arrêt définitif du site historique du quartier de Foch

    2005        Solvay acquiert Pharma de Fournier

    2002        Mise en construction de la nouvelle usine Solvay à Châtillon-sur-Chalaronne

    1970        Classement de la commune comme station verte[13]

    1969        Sarbach cède l'usine à Solvay

    1863        Création du groupe Solvay par Ernest Solvay

    L'usine de Solvay est, à l'image du site de Gidy pour Servier, comme une base pour le groupe Solvay. Pourtant, les formes de cette unité de production et de recherche ont évolué dans le temps Le groupe Solvay, présent de 1969 à Châtillon-sur-Chalaronne a assuré symboliquement la poursuite des activité des Laboratoire Sarbach. Du reste, pour Solvay il s'agit de bâtir une usine adaptée et donc de renoncer à la distribution des bâtiments initiale.

     

    Le groupe Solvay va peu à peu démanteler le site historique du quartier de Roche pour finalement bâtir en périphérie du village un ensemble d'installations neuves. En quelques sorte, le rachat des Laboratoire Sarbach n'a fait qu'introduire le groupe dans l'espace régional. En parallèle, l'installation de Solvay et son implication dans le groupe Fournier à partir de 2005 entraîne la fermeture du site de Fontaine-les-Dijon. Si sur la commune de Châtillon-sur-Chalaronne du travail au sein de Solvay est assuré depuis les années 1970 pour les ex-Solvay de Fontaine-les-Dijon déjà ex de chez Fournier depuis 2005 la visibilité en terme de carrière professionnelle est réduite au minimum.

     

    Parcours de l'usine Schering Plough de Hérouville-Saint-Clair[14], 14

     

    2009          Propriété du groupe Schering Plough (USA)

        g   d  Production de formes liquides et pâteuses, de formes sèches et de formes stériles (85     millions d'unités)

    2009          Effectif 505 salariés dont 415 CDI

    2003          Effectif 280 salariés

    1996/2000 Travaux de restauration et d'extension de l'usine

    1971          Schering Corporation fusionne avec le groupe Plough

    1967          Inauguration de l'usine d'Hérouville-Saint-Clair par le groupe Schering

    1963          Création de la ville-nouvelle de Hérouville-Saint-Clair par une loi ZUP

     

    L'usine du groupe Scherin Plough située à Hérouville-Saint-Clair fait office de référence en terme de croissance d'activité et de stabilité dans le secteur de la production de médicaments. L'usine bâtie en 1963 n'a pas cessé d'augmenter son effectif avec notamment un doublement entre les années 2003 et 2009. Pour le groupe Shering Plough ce site du Calvados constitue une vitrine durable lorsque l'unité de recherche basée à Dardigny propriété de Schering Plough démantelé en 2004[15]représente une aventure temporaire. En somme, l'usine d'Hérouville-Saint-Clair est avant tout le centre du dispositif du groupe Scherin Plough en France.

     

    2 Le cadre de l'usines utilisé comme plate-forme temporaire d'activité

     

    A côté du modèle d'implantation industrielle durable du groupe Servier ou des établissement sièges  de Solvay à Châtillon-sur-Chalaronne et de Schering Plough France à Hérouville-Saint-Clair, d'autres usines de production connaissent des destins bien différents. La distinction s'entend par le caractère chaotique de l'histoire des ces sites. En effet, ces derniers passent d'un acteur industriel à un autre et du coup perdent toute consistance historique et sont amputés de leur affiliation géographique.

     

    Parcours de l'usine NextPharma à Limay[16], 78

     

    2009           Propriété du groupe NextPharma (GB) (4 hectares)

                       Production sous formes liquides et pâteuses (18 millions d'unités)

    2009           Effectif 126 salariés

    2006       NextPharma vend sa filiale Biophelia de Monts en Indre-et-Loire spécialisée dans les formes liquides et pâteuses au Laboratoire Poirier

    2005           La commune devient "ville porte" du Parc régional du Vexin

    2004           UCB cède l'usine à NextPharma

    2003           Effectif 105 salariés

    1999           SmithKline Beecham cède l'usine à UCB

     

     

    L'une des usines du groupe NextPharma[17]basée à Limay illustre les difficultés du secteur de la production de médicaments soumises aux tensions des marcher et de ce fait le produit médicament est caractérisé par une irrégularité chronique des coûts et moyens de production. De ces irrégularités, nous avons évoqué quelques causes précédemment comme la complexité des mécanismes d'habilitations des médicaments aux marcher, le problème des limites temporelles des brevets ou encore la transnationalité des groupes et des échanges.

     

    Le site de Limay a connu trois propriétaires en une décennie avec une croissance continue dans le temps du nombre d'employés. Ces derniers représentent une masse salariale commune selon une perspective temporelle aux groupe SmithKline, UCB et NextPharma. Or de la puissance de ce trio, le salarié ne retire rien, bien au contraire. A chaque transitions les efforts d'investissement consentis par les individus pour intégrer les groupes sont réduit à néant.

     

    Une application efficiente du turn over des industriels sur les site de production pourrait être de maîtriser une partie de sa main d'oeuvre en s'assurant par un principe de purge ponctuelle une mobilité plus importante. Les groupes de l'industrie pharmaceutique pratiquent en quelque sorte une forme de jachère industriel, une gestion des sites de production globales, pilotée depuis l'extérieur des sites ce qui confère du reste aux établissements siège une certaine stabilité.

     

    Parcours de l'usine Arkema de Jarrie[18], 38

    2009          Propriété du groupe Arkema (France) (80 hectares)

                      Production (800 000 litres de produits finis essentiellement à base de chlore)

    2009          Effectif 530 salariés

    2008          Suppression de 74 postes sur le site

    2005          Modernisation de l'usine

    2004          Création du groupe Arkema

    2002          Arrêt de l'activité chlorobenzéne et chloral

    2000          Publication d'un rapport accablant sur le degré de pollution du site[19]

    2000          Le site revient au groupe Atophina

    1983          Le site revient au groupe Elf-Atochem

    1966          Le site appartient au nouveau groupe Ugine Kulmann

    1960          Création de nouveaux ateliers de fabrication

    1922          Le site est racheté par les aciéries électriques d'Ugine

    1916          Construction de l'usine par Charles Lefèvre industriel dans la production de chlore

     

    A l'inverse des usines présentées précédemment, le site Arkema de Jarrie ne produit pas de médicaments. Toutefois son étude reste intéressante dans la mesure où les groupes issues des secteurs de l'énergie et de la chimie présentent une évolution comparable aux groupes positionnés dans le secteur de l'industrie pharmaceutique. Le parcours de l'usine Arkema de Jarrie qui produit des composants chimiques symbolise la croisée des chemins entre les aventures industrielles du vingtième siècle. Comme le relève Sophie Chauveau dans l'un de ses articles, des filiations existent entre les industries chimiques, de l'énergie – secteur minier, pétrolier et nucléaire – et pharmaceutique.

     

    La forme du tissu industriel actuelreprésente la traduction du passage à marche forcée de la fabrication des produits selon un mode artisanal vers un mode industriel. L'usine de Jarrie a connu pas moins de six propriétaires en 94 ans d'existence. L'un des intérêts pour les industriels à exercer un contrôle sur ce type d'usine est la recherche d'autonomie en terme de matière première. Dans le cas de cette usine, hormis une campagne de licenciement en 2008, Arkema reste propriétaire. Cette longévité n'est pas d'actualité comme nous l'évoquions dans le chapitre précédent pour le site Alpin de Château-Arnoux abandonné par Arkema.

     

    Parcours de l'usine Pierre Fabre deMarseille, 13

     

    2003      Locaux repris par Etris – Etude et réalisations industrielles et scientifiques – (France)

    2003      Transfert des activités de fabrication vers Gien (83) et Châteaurenard (13)

    2003      Effectif 38 salariés

    2002      Effectif 96 salariés

    2000      Rachat des laboratoires Veyron et Froment

    1967      Achat de nouveau locaux de type industriel

    1954      Création des Laboratoires Veyron et Froment par le Docteur Veyron pharmacien

     

     

    Cette petite unité de production de médicaments qui était basée à Marseille n'a pas résisté à son rachat en l'an 2000 par les Laboratoires Pierre Fabre. Le site jugé "trop isolé" par les patrons de Pierre Fabre est très vite mis au ralentie, entre 2000 et 2003 le nombre des employés est divisé par trois. Le cas de cette usine décrivant le schéma d'une fermeture annoncée traduit la volonté des groupes industriels de maîtriser le territoire en ajustant point par point la localisation des différents sites d'activité.

     

    Dans cette logique, les entreprises à taille humaine comme Veyron et Froment ou Fournier jadis moteur d'innovation ne parviennent pas à se maintenir en leur nom propre. Du reste, la richesse puisée de ces petites structures comme les brevets est consommée, intégrée au groupe jusqu'à ce que les structures, l'appellation d'origine disparaisse totalement.

     

    Parcours de l'usine Bristol-Myers Squibb de Epernon[20], 28

    2009      Fermeture programmé de l'usine et mise en vente (USA) (1,2 hectares)

    2009      Transfert de 200 employés vers le site d'UPSA

    2008      Effectif 228 salariés

    1989      Fusion de Squibb et Bristol-Meyers

    1961      Construction de l'usine par Squibb

     

    L'usine Brisol-Myers Squibb de Epernon est victime des restructurations du groupe qui en est le propriétaire et le constructeur. Spécialisé dans le façonnage, le site ne représente plus d'intérêt par rapport à la distribution actuelle des usines en France et dans le monde. Bien qu'annoncé depuis 2008 dans le milieu de l'industrie pharmaceutique, la plate-forme à l'origine construite par le groupe newyorkais Squibb encore indépendant, ne trouve pas de repreneur.

     

    L'usine à l'heure actuelle est en passe de fermer complètement, les employés sont intégrés dans un dispositif de plan social bien rodé. Dans ce plan, l'industriel UPSA est présenté comme le sauveur en acceptant de reprendre au moins 200 salariés. En réalité, il s'agit de mutations imposées dans la mesure où le groupe UPSA est une filial du groupe Bristol-Myers Squibb. De cette façon le journal La Dépêche du 26 décembre 2008 propose un article titré "En 2010, Upsa accueillera 200 salariés venus de l'entreprise BMS".

     

    3 .L'opérateur de production : de l'apothicaire à l'intérimaire

     

    Comme nous avons pu le constater en reprenant les parcours de carrière d'opérateur de production, à l'heure actuelle la profession ne jouit pas d'un haut degré de prestige social. Il ne s'agit pas de qualifier de sous-métier le rôle d'opérateur mais plutôt de mettre l'accent sur le processus de dégradation dont fait l'objet cette activité. La conduite de ligne de production de médicaments, la maintenance de machines souvent extrêmement complexes, le nettoyage des lignes, le remplissage de cuves ou encore l'exercice de mirage des médicaments sont autant de tâches masquées par le très complexe fonctionnement de l'industrie pharmaceutique.

     

    Sans volonté réelle de cacher ses petites mains, les groupes de l'industrie pharmaceutique mettent naturellement l'accent dans leur communication sur leur produit. Toutefois, au-delà de cette manifestation commerciale peu de cas est fait des employés de la production. Lorsque ces derniers sont évoqués c'est souvent par le prisme des prestigieuses divisions recherches des groupes industriels. La fabrication à l'image de la distribution est un marcher devenu lourd pour les groupes de l'industrie pharmaceutique qui par leur gigantisme peine à prendre les bonnes décisions ou au moins à s'inscrire dans le long terme. La dimension production représente pour les groupes une forme de handicape à l'heure ou la sous-traitance opérée par les génériqueurs est sans cesse réorganisée. Pour les industriels français il convient d'acquérir une souplesse en terme de capacité de production.

     

    A ce titre, comme nous l'avons constaté par l'étude des parcours d'usine, les usines de fabrication font l'objet d'une sorte de bourse entre les différents groupes. Derrière ces incessantes procédures de cession-acquisition des actifs immobiliers se dessine la volonté des groupes de redécouper leur secteur Europe, de redéployer l'effort consentit selon les choix arrêtés en matière de production.

     

    Des groupes industriels à taille humaine survivants et en bonne santé

     

    Si l'actualité des groupes fabricants les médicaments renvoie régulièrement à des opérations de fusion-acquisition opérée entre groupes, la forte concentration dans le secteur marque les limites du phénomène. En effet, les groupes restés indépendants sont rares s'agissant de la fabrication de médicament. Selon l'agence Xerfi spécialiste dans le secteur des audit : "les acteurs de petites et moyennes tailles de l'industrie pharmaceutique, plus spécifiquement les laboratoires familiaux se trouvent, paradoxalement, peut être plus maître de leur destin que les géants du secteur[21]".

     

    L'un des corollaires de cette longévité semble être notamment pour le groupe Servier le maintient d'une politique d'innovation permanente. A Gidy, dans le village-usine de Cervier, le fondateur des lieux continue de servir l'entreprise, d'agrandir le site : l'un des plus grand site de fabrication de médicaments en Europe. La bonne santé de Servier tiens pour certains à son indépendance. Le groupe Pierre Fabre représente le deuxième grand groupe pharmaceutique indépendant en France.

     

    Dans cette aventure, le secret est également l'innovation mais dans ce cas plutôt en terme de gamme de produit avec un investissement de plus en plus important du groupe Pierre Fabre dans le secteur des cosmétiques. Un autre point commun unis c'est deux fabricants de médicaments, c'est l'absence de ces deux groupes sur les places boursières. En cela, le terme indépendant caractérise particulièrement ces deux groupes français.

    Si le groupe Pierre Fabre à procédé à de nombreux rachats d'entreprises – Inava, Klorane et Ducray -, ce dernier reste un groupe indépendant du point de vue des marcher boursiers. Hors des marcher boursiers, Servier et Pierre Fabre sont dans un espace de splendide isolement par rapport aux Sanofi Aventis ou au Schering Plough dont le pilotage s'effectue au rythme du court et des recommandations émises par les agences de notation.

     

    La mise en coupe du parcours des usines permet de mettre en perspective les mouvements des groupes pour résister à la concurrence et constituer un dispositif efficace sur le territoire. L'histoire de l'industrie pharmaceutique moderne se confond avec les secteurs de l'industrie chimique partageant souvent les mêmes zones industrielles ou les même plates-formes d'un point de vue historique.

     

    Ce qui ressort des parcours est la constitution au fil des années, depuis 1900 environs, de groupes de très grandes tailles notamment dans les secteur de la chimie, de l'industrie pharmaceutique ou encore de l'énergie. Le mécanisme de croissance est basé sur l'acquisition par grappe des entreprises innovantes.

     

    Comme dans le cas de Solvay à Chatillon-sur-Chalaronne, de Pierre Fabre à Marseille ou de l'usine Arkema de Jarrie les établissements sont à l'origine des entreprises familiales innovatrices parfois même fondées depuis la demeure même des scientifiques impliqués. Depuis sa demeure d'Orléans, la famille Servier à créé et conservé un groupe aux dimensions internationales mais resté enraciné à son lieu de naissance. Les groupes aux dimensions internationales investissent avec parcimonie dans "leurs" sites de production. Si certains sites de production des grands groupes comme celui de Schering Plough à Hérouville-Saint-Claire ont vocation à établir les groupes dans des secteur géographiques précis, les autres usines qui ne servent pas une fonction de représentation ont une durée d'utilisation plus restreinte dans le temps.

     

    Les opérateurs : des accessoires indispensables mais abondant

     

    Le fonctionnement des usines de production de médicaments implique, outre de conséquent effort d'investissement en terme de recherche ou de solide partenariat, d'assumer une masse salariale conséquente. Si au début du siècle, la fabrication des médicaments était assurée au sein de petits ateliers parfois par le pharmacien à l'arrière de son officine, de nos jours la fabrication se fait à grande échelle, par série de millions de gélules, de tonnes de principe actif. Bien que largement automatisées, les opérations nécessaires à la fabrication de médicaments ne peuvent être effectuées par les seules machines ni même être confié à un personnel cadre.

     

    En ce sens, nous signifions de l'existence résiduelle du salle boulot dans le contexte de la fabrication et cela malgré la somme énorme de progrès réalisés dans les techniques d'usinage des médicaments. Héritiers des pharmaciens, les opérateurs on en lieux et place de pilon de puissantes mélangeuse, là ou les ingrédients se comptaient en poignées, il sont à présent versés par sac de vingt kilos. L'opérateur de fabrication doit fabriquer des médicaments à la façon de tout produits industriels, selon des procédures adaptées aux volumes traités.

     

    Pourtant, il s'agit de médicaments et par là d'un univers de travail où la prudence, l'intégrité des lots doit être assurée à tout les instants. Pour cette sorte de problématique, les usines de fabrication dispose d'un service indépendant des opérateurs qui s'assure du bon respect des BPF. Il s'agit surtout de vérifier la qualité de la marchandise et pour cela, aidé d'opérateur, de mirer des lots entiers de cachets ou de gélules. La sécurité sanitaire est centralisée par le service qualité qui édicte à l'intention des personnels, souvent des CAIC des fiches de tâche incluant un découpage étapes par étapes des actions à effectuer.

    Si le médicament peut être objectivé comme un produit valorisant, la somme de précaution dont ce dernier fait l'objet lors des phases de production restreint considérablement la marge de manoeuvre des ouvriers qui en poste doivent dans la plupart des usines signer de toute la force de leur savoir coupable les feuilles de sortie de lots. En terme de responsabilité, l'opérateur est au coeur du dispositif et à chaque manipulation la responsabilité de l'homme est engagé. Dans un tel contexte de travail qui mêle danger et santé il serait imaginable de trouver par correspondance des conditions de travail attractives.



    [1]Code du travail, loi n° 2008-67 du 21 janvier 2008, Article L1254-3.

    [2]Consulter le corpus de petites annonces en annexe n°2 et n°3.

    [3]Sur un échantillon de 78 annonces, 24 apportent une précision sur le nom de l'employeur final du candidat et 54 ne comportent que des coordonnées impersonnelles ou le contact d'une agence d'intérim. Voir les annexes n°2 et 3.

    [4]S. Muller, "Le dilemme de l'industrie pharmaceutique : quand les salariés mobilisent la santé publique contre les dérives productivistes", [on line] , www.univ-nancy2.fr/digitalAssets/51730_Muller_Dilemme_pharma.

    [5]Voir en annexe n°5 quelques détails sur ces groupes.

    [6]Le groupe Brothier basé à Nanterre et à Fontevreau spécialiste de la production d'implants employait 7 salariés en 2007 et était dirigé par Jean-François Brothier et Jean-Marc Brothier.

    [7]Le groupe Pierre Fabre basé à Castre employait 9500 personnes  au 31 décembre 2008.

    [8]Le groupe Ipsen basé à Paris employait 3886 personnes au 31 décembre 2008.

    [9]Voir en pages suivante les détails du parcours de l'usine de Chatillon-sur-Chalaronne, siège du groupe Solvay;

    [10]La commune de Gidy est située dans le département du Loiret et comptait 1482 habitants en 2008.

    [11]Le groupe Servier a investit 25 % du chiffre d'affaire dans la recherche et le développement entre 2000 et 2009.

    [12]Châtillon-sur-Chalaronne est une commune située dans l'Ain qui comptait 5 179 habitants en 1999.

    [13]Station verte est un label touristique créé en 1964 par la Fédération des stations vertes. Celle-ci propose aux communes d'obtenir un agrément moyennant un engagement conséquent en matière d'environnement.

    [14]Hérouville-Saint-Clair est une commune située dans le département du Calvados , celle-ci comptait 23 992 habitants en 1999.On notera que la construction de la ville nouvelle par une loi ZUP en 1963 sur le territoire d'un bourg : Hérouville-Saint-Clair a entraîné un accroissement fulgurant de la population. En effet, de 1784 habitants en 1964 la population est passée à près de 24 000 habitants en 1975.

    [15]L'unité de recherche du groupe Schering Plough basée en banlieue lyonnaise à Dardilly a été démantelée en 2004 occasionnant la destruction de 97 emplois.

    [16]La commune de Limay est située dans le département des Yvelines, celle-ci comptait 16 005 habitants en 2008.

    [17]NextPharma est un groupe anglais qui compte 1300 employés à travers le monde au 1 ier janvier 2009.

    [18]La commune de Jarrie est située dans le département de l'Isère et comptait 4009 habitant en 1999.

    [19]Les résultats de cette étude menée par la société Antea pour le compte du Ministère de l'Ecologie et du développement durable à propos de l'état de pollution du site de Jarrie - et notamment des sols ayant abrités les installations les plus anciennes – sont disponible sur la base de données institutionnelle du BASOL.

    [20]La commune d'Epernon est située dans le département de l'Eure-et-Loire et comptait 5498 habitants en 2008.

    [21]Xerfi est un cabinet d'étude spécialisé dans les audits de groupes ou de secteurs d'activité.


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