• De l'évènement forestier à la panne industrielle

     

    Le jeudi 30 juillet 2009 entre 17h11 et 18h10, une coupure du réseau électrique a entraîné la mise hors ligne de près de 1 200 000 abonnés - selon RTE - répartis notamment entre les départements du Var et des Bouches-du-Rhône. Les raisons de cette gigantesque panne découle d'un incendie survenu entre les communes d'Aurons et de Pélissanne à proximité de l'unique ligne électrique - comprenant deux lignes chargées respectivement en 400 000 volts - qui depuis la commune de Tavel - dans le Gard -alimente en électricité le sud est français.

    Cette configuration particulière du réseau Sud est est pointée par Frédéric Dohet, Directeur délégué au système électrique pour le Sud est au sein de RTE, - comprenez "réseau de transport d'électricité" - comme une faiblesse propre à engendrer sur le réseau des anomalies récurrentes. Ce jeudi 30 juillet sur le site RTE de Bouc-Bel-Air, l'agent d'astreinte doit prendre la lourde décision, celle d'appuyer ou non sur le bouton. Le CODIS, sorte de bras armé des services de luttes contre les incendies et pour parti basé à Valabre - commune de Gardanne - est en liaison directe et égrène minute par minute l'évolution du sinistre. La décision de couper le réseau depuis la salle de contrôle revient finalement au Préfet de département et au Directeur local de RTE.

    Le risque, en laissant le courant circuler dans les installations à proximité d'un incendie, peut être encouru éventuellement par les personnels des Canadairs qui pourraient être mis au contact de charges électriques très puissantes durant les phases de largages. La décision apparaît comme cruciale sur plusieurs points avec, d'une part les risques pesant sur les effectifs de pompiers engagés sur le terrain et d'autre part, les coûts liés à une rupture de l’approvisionnement. Sur ce dernier point on distinguera les coûts liés à d'éventuels incidents fruits de la panne et les coûts symboliques induits.

     

    Du diner champêtre à Sainte-Croix à la lumière de cire des villes

     

    Pour illustrer cette dernière sorte de coûts, une simple lecture des médias contemporains à l'évènement suffit. "Vaste coupure d'électricité en Paca, en raison d'un incendie" pour Libération ou "Vaste coupure d'électricité en Paca" pour le Figaro, le réseau en prend un coup. Et pourtant à y voir de plus près : pauvre réseau victime des méchants incendies de forêt. Il n'en fallait pas plus aux responsables de RTE pour remettre au goût du jour le besoin impératif pour la région Paca d'une deuxième ligne d'alimentation. RTE en serait enchanté, le problème : un tracé envisagé sous très haute tension.

    Prenant pour décor l'écrin des Gorges du Verdon, survolant un temps le lac de Saintes-Croix, le projet de ligne à très haute tension un temps défendu bec et ongles par RTE a été remisé dès 2006 par le Conseil d'Etat. Ce recul marque une étape au sein d'un bras de fer trentenaire engagé entre la division transports du groupe EDF et les riverains organisés en un lobby devenu puissant. A la suite, peu de solutions émergent : hormis ce tracé seule la couteuse alternative de l'enfouissement existe. Mais pour cela, il faut réduire de moitié les performances de l'ouvrage en terme de capacité de charge - 250 000 volts en lieu et place des 400 000 volts prévus dans le projet de ligne aérienne initiale - mais surtout, il importe de financer le surcoût de l'enfouissement. En effet, le mètre linéaire de réalisation aérienne coûte en moyenne deux fois moins chère que son homologue sous-terrain.

    Pour le RTE la mission principale est de résoudre les problèmes de réseau de la "péninsule électrique", ce secteur dont l'alimentation en courant dépend pour plus de 50% des apports du réseau. De même, si demain les ouvrages industriels d'EDF devaient produire plus d'électricité, le réseau ne serait pas en mesure de transporter la production. Or, le site d'Iter, par ailleurs vaste chantier international au sein duquel les règles de travail sont internationalisées, serait à terme un fournisseur d'électricité potentiel et pourquoi pas dans un rôle saisonnier de fournisseur pour nos riverains italiens.

     

    L'utopie "d'une EDF" comme un des membres autorisés du foyer en miette

     

    De l'avis de beaucoup d'hommes en bleus, la parcellisation des fonctions du groupe EDF entre secteur monopolistique et secteur concurrentiel a entraîné une série de cafouillages, une évolution en entreprises d'un ensemble objectivé historiquement selon l'acronyme EDF par le publique. Alors que la production et la vente de l'électricité sont des activités ouvertes aux marchés, le transport de l'énergie et sa répartition reste entre les mains d'entités uniques. Cet aspect haché de la structure du "leader français de l'énergie" peut être mis en lien avec les relations établies entre Réseau ferré de France et la SNCF. RTE, créé le 1ier juillet 2000, est pour sa part institutionnalisée en qualité d'autorité d'utilité publique par une loi en date de février 2000. Les buts visés par la structure s'entendent en termes de gestion et de régulation du réseau. Pour autant, RTE est une société anonyme filiale du groupe EDF. Forte de plus de 8000 agents, cette entité semble assurée de demeurer intacte dans le contexte de décomposition permanente de l'opérateur électrique historique.

    Pour le navire RTE, ce n'est certes pas la splendeur, ni le temps d'EDF où de nombreux employés recevaient comme une des pièces de l'héritage un des véhicules bleus réformés du service. Tout de même, il s'agit pour RTE d'assurer pour le compte de l'Etat et en qualité d'entreprise pour son propre compte une gestion efficace du réseau. En outre, RTE propose un panel d'activités regroupées par le groupe sous le générique de "International et prestations". Il est question de réaliser un travail "d'expertise et de conseil" auprès de tiers par la prospection d'opportunités en termes de gestion de réseau par exemple. La filiale d'EDF, qui affiche sur son site des valeurs de qualités notamment par référence au niveau de norme ISO 14001 mais également des ambitions écologiques, intervient comme le catalyseur d'une nécessaire politique du risque incluant la gestion de ces derniers.

    Si les risques en terme de ruptures d'approvisionnement ou en terme d'incidents sont particulièrement prégnant dans l'activité de RTE qui rappelons le, a en charge la gestion du réseau électrique, le risque demeure dans le même temps comme un moteur économique et une essence symbolique permettant à la société RTE de justifier son existence. En Provence par exemple, dans le cadre du dossier de la "ligne de Tavel au Réaltor" dont l'incident du 29 juillet 2009 mais une partie des tenants en exergue, la notion de risque intervient à plusieurs niveaux et en somme constitue le fond du dossier. D'une part, la société RTE pointe les faiblesses du réseau à sa charge et affiche la volonté de construire une ligne nouvelle et d'une autre part, les riverains intéressés par le projet pointent les risques écologiques de l'opération. Le rôle d'entrepreneur-gestionnaire des risques est alors caractérisé même si le pouvoir de la société reste limité par les décisions supra de l'Etat.

     

    RTE comme vestige et autorité charismatique de l'électricité d'état en France

     

    En lien, la société RTE, par la composition de son conseil de surveillance mi-EDF mi-représentants de l'Etat, évoque un hybride institutionnel aux commandes d'un secteur en miettes : celui de l'électricité. Non que cette activité ne comprenne pas de multiples divisions, de multiples aspects et métiers mais plutôt que sa gestion historiquement monopolistique a contribué à produire une représentation symbolique particulière du secteur électrique en France.

    La composition du directoire de RTE offre la même perspective sur cette société, EPIC d'un nouveau type. La présidence est assurée par Dominique Maillard, un ancien de la fonction publique. Ce dernier a occupé pour le compte de l'Etat des postes en liens avec le secteur énergétique notamment à la DRIRE puis, au sein des différents Ministères qui entre les années 1974 et 1990 ont eus en charge le secteur de l'industrie. Le Vice-Président du directoire, qui a également en charge par délégation la division Système électrique, est Pierre Bornard. Celui-ci est un ancien de chez EDF. Depuis 1976, Pierre Bonnard a occupé de nombreux postes au sein de la division Recherche de l'opérateur historique. Philippe Dupuis, Directeur Général Adjoint en charge des finances de RTE est, comme Dominique Maillard, un homme de ministères. Ce dernier est dès 2005 au service de François Loos Ministre de l'Industrie puis deThierry Breton alors en place au Ministère de l'Economie. Enfin, Hervé Laffaye, Directeur Adjoint en charge de la direction du transport d'électricité est une vieille connaissance de Pierre Bonnard étant issus comme lui de la très prolixe division Recherche d'EDF.

    Le quatuor à la tête d'EDF affiche une parfaite symbiose entre EDF et représentants de l'état et de produire par cette addition des qualités spécifiques aux cadres dirigeants de l'organisation. A côté de cette façade bien réglée, de nombreux problèmes émaillent la vie du consommateur d'électricité. Sans parler de la hausse estivale du prix de l'électricité portée à 1,9 % par Pierre Gadonneix, de l'aveu de certains hommes : "rien ne tourne plus rond dans la boite". Pour ce témoin, encore à la suite des plans sociaux vêtus du célèbre pull bleu ciel "électrique", les problématiques affichées comme la ligne bis du Sud Est ne sont que des enjeux financiers posés à la suite de prospection, de mise en connexion d'ouvrages, d'une politique de l'énergie menée au sens large. Or, de cette largesse, de cette volonté d'intervenir en qualité d'expert, découle un abandon à la sous-traitance de métiers qui mis en somme permettent à la société française d'être sous tension. Ainsi, des jeunes qui sont payés aux nombres de relevés ne seront jamais agent EDF. Ailleurs, en certains points, le réseau souffre d'un entretien précaire laissant poindre de ci de là ce qui relève pour le moment de micro-incidents eu égard aux prodigieux enjeux induits par le contrôle des autoroutes européennes de l'électricité.

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  • Cette fois c'est bien la fin. Bientôt la dernière roulotte quitte la ville. Et hop, à l'année prochaine, n'y manqué pas. Le départ de la troupe laisse partout des traces et peu de personnes peuvent se targuer, ayant été à Aix, de l'avoir totalement ignoré. Qui n'a pas su que le soir se jouait dans la ville des opéras. Qui n'a pas aperçu un de ces Fiat Skudo ou la plus discrète mais sobre berline transportant artistes et membres de l'organisation tout au long du territoire aixois. En sus, ll y a quelques affiches, quelques rares et beaux tee-shirt oficiels pour rappeler l'un des évènements incontournables de la Belle endormie.

    En ce week-end, Aix se réveille dans la pluie et sur la fin du Festival International d'Art Lyrique : le Festival quoi. Les artistes ont été conduit, qui à l'aéroport qui à la gare tgv et peu à peu s'en sont allés. De même, seul une poignée d'irréductibles restent sur zone pour assurer à la bête une nouvelle mue. Chaque année il convient de repenser, de redessiner ce que sera l'évènement. Il s'agit de ne pas proposer un calque de l'an précédent et par là de fournir au terme de la décenie une grossière copie, un original passé.

    Beaucoup de visiteurs en cette années 2009 sont venus pour le Festival. Mais pas seulement, cet élément est un tout dans la ville. D'ailleurs la pluralité des sites pour les représentations, la logistique et plus secrêtement pour quelques fêtes est à la hauteur de la ville très riche. Même si le champagne ne coule plus à flôt, la magie du Festival continue à opérer avec comme épicentre, coeur du système : les agents Festival. Ces derniers sont partout, on les remarquera notamment au abord du Palais Episcopal qui, pour les agents correspond à "l'archeu" :  véritable navire capitaine. Sur la place, d'autres agents également badgés sont présents et se mêlent au troupe régulière. Il s'agit des agents Radioclassique assurant des captages et des directs depuis la place de l'Archevêché mais également des agents de chez BelAir Média. La mission de ces derniers arrivés semble relèver du marqueting, d'une volonté de la part du Festival d'offrir le meilleur.

    Autours d'une bière, c'est au bar du Gaulois que mythes et mythènes festivalières de toute accabit sont échangés. Au fond de l'établissement un chat d'une taille rarement égalée épie le chalant. Dehors on se rafraichit à l'ombre de la nuit dans une aire toute épiscopale. "Un peu plus tard parrait-il il y a une soirée Arté". Voila une de ces nouvelles distillées au compte goutte et le soir même. Des "on" badgés Festival au pus haut niveau en avait bien entendu parler mais sans plus. Du reste, il est à présent minuit et toujours rien. Mais où est-elle cette soirée ? Va-t-elle se jouer sans moi se dit le consommateur embué au Gaulois ?

    A la fermeture de l'institution vers 2h00, les camions régie de  Arté s'animent et peu à peu la fête peu commencer, ici sur le parvis de Science Po et comme un after du Gaulois. Champagne à volonté et fête sans retenue jusqu'à près de quatre heures, en pleine rue avec une heure tardive qui permet aux discrets agents vigiles Arté d'êtres cool.  Pour certains des plus festifs, la fin se fera dans une des boites toutes proches rue de la Verrerie. Sinon, en terme de soirée, les pôts de première et de dernière des opéras sont parfois attendus avec ferveur. Cet élan n'est toute fois par motivé par l'envie de festoyer, de descendre à gros poumon un magnum de Moët au de demeurant de plus en plus rare. Ici on est plutôt dans un jeu de représentation bien rodé ou seul quelques groupes, peut-être celui du doc sont  libres de tout enjeux. A la suite, certains trouveront la force de relation pour se rendre à la très privée soiré Bel Air Média qui a lieu dans un appartement aménagé pour l'occasion. En parallèle, les hommes au travail pensent égallement à envisager leur temps de détente. A l'image de leurs tâches, les espaces créés sont de qualités.

    Une soirée organisée du côté d'Aix nord a rassemblé quelques uns des agents technos du Festival qui mêlés à d'autres ont passé une bonne soirée. Un endroit remarquable sorte de long hangar avec en son dehors un large espace arboré, comme atmosphère musicale : un groupe de reggae-man en live. Dans le même état d'esprit, une soirée du côté de Puyricard a, comme traditionnelement "tout déchirée". Commencée au alentour de minuit, la soirée a durée au-delà de l'aube réunissant un bonne cinquantaine de personnes dans un endroits très sympa .

    Chaque jour voit donc son lot de départs ou la fin de la mobilisation d'une équipe. Les derniers à partir plieront les gradins, rangeront les décors jusqu'aux derniers des boulons. Et même si le bar du jardin Campra a été démonté, même si là-bas les lieux sont redevenus scolaires, certains continus pour "finir la mission" et en ont une nouvelle : préparer, pour demain.


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  • L'arbre épineux fut bientôt taillé par les autres dans Prend garde au Vallon des Gardes - 3/4

    De l'allée principale, il ne restait guére de traces. La végétation avec force et intensité avait repris ses droits. Du reste, les essences à présent envahissantes avaient été plantées ici par Yves. Ce dernier,  les premiers temps avait pris soin de bien organiser sa parcelle. Parmis les nombreux cyprês et hauts chênes, des plantes grasses et quelques agaves jouissaient de ressources hydrauliques abondantes. Depuis la vane rouge Canal de Provence du terrain situé en son entrée, jusqu'au plus loin de son plat , aucun morceau du domaine n'avait à souffrir de sécheresse.

    L'organisation de réseaux, que ces derniers  transportent de l'eau, des passagers ou le bonheur du constructeur était l'une des passions de Yves. Et de contempler à l'ombre des arbres le bon fonctionnement des canaux qui tous bien curés à l'hiver s'offraient en eau   de toute leur splendeur.  Du garage au jardin, tous les outils étaient du voyage et utilisés avec soin par le propriétaire. Une attention toute particulière était d'ailleurs réservée à leur entretien. Cette harmonie entre homme et outil, entre lieu et maître, entre  rêverie et réalisation semble tirée d'une vie modèle, d'un rêve de pub comme une démonstration permanente du labeur. Au fond, au pays de Yves, le bonheur semblait comme diffusé au travers des tâches réalisées. On eu dit qu'avec quelques pulvérisateurs Yves avait répendu au dehors tous son potentiel de joie. A la cuisine, l'ordre végétal est remplacé par le désordre alimentaire : un mélange de stock constitué à outrance et de repas vite éxécutés, pas finis.

    Après la découverte de Yves, la-haut dans sa chambre rien n'avait véritablement changé. Le temps avait juste  permis aux processus chimiques les plus improbables d'arriver à leurs fins. Bien des aliments étaient gâtés, dans le salon comme la cuisine les déchets de toutes sortent était accumulés et comme liés à l'équipement sommaire. En effet, si le côté atelier bénéficiait de toutes les attentions, le haut était équipé en toute simplicité comme dénué de sens.

    Parfois l'an, le jeune voisin venait au carreau du garage pour tenter d'apercevoir le "trésor de Yves". Il l'avait vu lui, Yves, dans le jardin en train de travailler sur ses locomotives et depuis qu'il était parti, plus rien. Plus rien que ces brèves visions du trésor au travers d'un  sale carreau, ébréché en ses bords.  Hormis ces quelques enfantines visites il n'y avait bien que les puissants Saint-Bernard du voisin pour venir fouler le sol de la propriété. Et cela  jusqu'au jour où la végétation sembla changer. Le gros arbre épineux faisait moins mal au gamin lorsque pour admirer le trésor il longeait la maison devant alors s'acoquiner aux épines.

    Préview - De la dernière épine au départ de l'Ami 8


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  • Que se passe-t-il lorsque l'homme redevient enfant, lorsque malgré toutes les apparences, la vie telle qu'elle nous est vendue est tronquée. A vieillir chez soi, quel somme d'avantages, de médiations, d'arbitrages à ne pas rendre, à ne pas subir. La gestion des individus au-delà de leur porte, dans l'intimité même caractérise les situations de tous nos vieux qui laissés là finissent dans de puissants complexes.<o:p></o:p>

    Ici la maison de retraite de la Roseraie est le premier employeur de la ville. C'est dire si on les aime, si on les côtoie nos vieux. Pourtant sur place hormis les professionnels et les clients il n'y a pas ou si peu de catégories intermédiaires. Il s'agit donc d'arbitrer la vie de chacun, de rendre par un jeu d'initiatives sur fond de normes et de droit l'existence des uns et des autres possibles. A l'heure du réveil déjà le petit déjeuner donne le la. Au self, les pensionnaires peuvent passer deux fois. Manon ne profite jamais de cette deuxième tournée, trop pressée de se rendre à l'arrêt de bus pour attendre l'arrivé de ses parents. Du reste, ces derniers sont morts depuis si longtemps, qu'au-delà de ce qu'en dit Manon personne ne les imagine.<o:p></o:p>

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    Alors que faire entre vieux, comment venir en aide à notre population de vieux. Le soleil brille à présent comme au milieu d'une matinée. Raymond réclame à présent avec sa virulence et du haut de son fauteuil la restitution de son dû. Mais quand est-il ? Les vieux ont-ils de l'argent de poche ou règlent-il leurs achats avec des cartes gold. Dans les faits, l'état de chacun définit comme une indépendance économique. Pour certains, le solde est bien faible, il n’est pas rare que Suzie, collaboratrice du directeur et en bonne soignante, finance quelques paquets de goldo.<o:p></o:p>

    D'autres bénéficies de plus de moyens. Ils sortent et au supermarché consomment comme tout à chacun. Cette activité, qui de traverser la rue et de serrer un journal en rond, qui de croquer un croissant passent souvent par le bureau du directeur. Là, comme dans une école, le responsable doit donner au fil des semaines là un billet de dix euros, là un billet de cinq euros. Il importe de protéger les patients qui pour certains dilapideraient en quelques secondes une fortune remise ou reçue.<o:p></o:p>

    L'Art du travail en maison de retraite semble relever d'une composition entre humanité, droit et moral tout cela dans un entre soit intime. De cette intimité on s'en imprègne dès lors que le sens des couloirs est connu ou que l'ordre des chambres est acquis. Ici il y avait la centenaire, là il y avait Jean. Jean était l'un des plus jeunes pensionnaires. Ce statu est comme un affres reçue du système psychiatrique dont est issu Jean, dont Jean est le produit final. Où pourrions-nous les mettre tous ces gens ? Le refus est quasi-systématique de la part des structures même si parfois une acceptation vaut transformation pour l'ensemble de l'établissement. Il faut du coup protéger "les autres de ce nouveau venu qui n'hésite pas à foncer de toute ces roulettes vers des cibles marquées par leur faiblesse. Il y a donc aussi des affrontements, des conflits qu'ils faut en interne régler au travers d'entretiens formalisés sous le label "entretiens disciplinaires". Du reste, l'arsenal, les modes de réponse sont à hauteur des dispositifs de suivi personnalisé : inexistant.<o:p></o:p>

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    A côté de notre offre, de notre main tendue, les structures hôtelières font encore rêver aux plus grands âges de la vie. Entre nous, l'abîme financier est colossal. De solides motivations sont nécessaires pour rendre à notre "maison" le goût d'un âtre, d'un foyer. Les moyens alloués ne sont au final qu'à la hauteur de la contribution fixé par des hommes pour d'autres hommes. Si l'image d'un vieil homme maltraité ou d'une vieille femme errante reste dans nos sociétés un tabou, les moyens mis en place pour la résolution des maux induits par l'ascension de l'espérance de vie restent dérisoires. Le directeur d'établissement doit trancher quotidiennement entre de nouveaux sanitaires et la réfection d'une porte, entre un impératif et un autre. <o:p></o:p>

    Les fonds manquent à la façon d'un ménage et même les outils des hommes sont des valeurs à protéger. A cette contrainte de moyens s'ajoute la lourdeur du carcan qu'incombe une gestion exercée selon les règles du domaine et des marchés publics. Il faut faire avec les moyens du bord et dans notre bonne Maison des Roseraies on fait du social. La somme de l'opération ressort comme simplissime : les coûts d'un accompagnement efficace dépassent ce que la société est prête a investir. Mais, du reste peut-on parler d'investissement ?<o:p></o:p>

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    Le respect, la fin digne et parfois heureuse des populations les plus âgées rentre-t-elle dans les objectifs communément inscrits dans l'essence même des individus regroupés en collectivités. Tout le recul au-delà du discours se prend depuis les sites. Il faut fréquenter les patients depuis les dossiers constitués jusqu'aux journées vécues des hommes et des femmes. Les patients sont clients, sont parents, sont enfants, ils sont tant de choses, comme autant de rôles composés par la société. A chaque situation, l'interlocuteur d'une jeunesse certaine doit traduire sans froisser, parler sans choquer, crier sans hurler.<o:p></o:p>

    En sus, les DDASS prescriptrices suprêmes prévoient, dans le cadre de l'évolution probable du virus de la grippe A, outre le nombre attendu de victimes définitives parmi les clients, une contamination importante des personnels. Il est donc demandé au chef d'établissement de " savoir comment fonctionner avec un personnel malade, restant à la maison à plus de 60%". A la suite de la réunion "plan grippe A, celle correspondant au niveau 5", de nombreuses questions fusent. On envisage déjà une seconde édition du drame de l'été : Canicule2. Faudra-t-il acheter plus de housses mortuaires cette année ? Tout, absolument tout, doit être pensé, la communication première tombe dans un splendide vide social : c'est le désert, la friche pour ceux qui poussent pour la première fois les portes de la Roseraie. <o:p></o:p>


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  • Le spectacle qui s'offrait à elle était de taille. Une dizaine de femmes se tenaient là à quelques mètres dans la forêt. Un parfum délicat de lessive mêlé aux senteurs des bois donnait au lieu un caractère unique. Les femmes étaient groupées en demi-cercle autour d'une petite mare. "Ma cousine mais tu es toute mouillée !" et pour cause, à terre l'eau suintait depuis la source pour finir en mille ruisselets au pied de nos chênes.

    De retour à la maison, le repas fût animé par le récit des filles : leurs exploits dans la forêt et au bout du compte ce qu'elles avaient vue. A la fin des années 1960, l'intrépide Christine et sa jeune cousine avaient fait connaissance de ces voisins très spéciaux dont on ignore les prénoms et dont on nie parfois jusqu'à l'existence. Pourtant, juste à côté sur le terrain des Maloueses, "les autres" étaient bien là.

    Venus, qui d'Algérie, qui depuis le Maroc pour travailler en France, pour alimenter nos villes en ouvriers, nos campagnes en "hommes à tout faire des champs". A l'arrivée, une fois de plus c'est le désert, la friche, tout est abandonné. De toutes façon "pour vous il n'y a que ça", que cette campagne qui parrait-il fut un temps terre d'Eglise. Ce n'est pas le pire des enfers au moins avec un trait de romantisme, un très bon trait même.

    Les hommes à l'arrivée s'affairent à édifier des cabanes, elles sont faites de materiaux récupérés. On retrouve déjà des bons vieux parpaings qui conviennent aussi bien à rendre un lieu habitable qu'à le condanner défintivement. Les cabanes sont disposées sur le plat du terrain, ce sont comme des dizaines de sattelites autour de la demeure historique sise sur le grand domaine. Des origines de cette demeure bourgeoise, à l'heure actuelle personne ne sais ou ne dit rien. Le simple constat est l'abscence de tout propriétaire depuis des temps immémoriaux. Pour preuve la négligence des bâtis qui délaissés par l'homme et laissé aux temps dépérissent.

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    La bâtisse est pourtant une solide bastide. On remarque tout de suite tout au long une jolie corniche et plus bas les trois niveaux s'enchaînent. Au centre, un escalier central déssert des pièces assez vastes hormis au dernier étage ou le tout est mansardé. Une pièce reste effrayante. On y entend des bruits, la poussière y est étrangement remuée. ll s'agit en fait d'un ancien pigeonnier aménagé dans une partie des combles. Bien qu'hors de chez hors service, l'endroit conserve encore quelques volatiles fidèles.

    Plus bas à la source au fur et à mesure que le soleil tombe les femmes quittent les lieux, du coup, le silence se fait allentour. L'eau toutefois continue a éffleurer le sol jusqu'à chez Christine où dehors on s'est attablé. C'est l'occasion d'admirer le magnifique saule pleureur planté tantôt par Papé.

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