• TRIAX : UN MONDE INQUIETANT

    Tranquille au volant passé quelques kilomètres voilà que le GPS s'affole. Malgré la beauté du site, le guide indique la droite. Bien plus vite au rendez-vous, la procession de daims au détour du virage est manquée. Au plus près de nous, les technologies procurent une assistance dont la vertu oscille entre confort et prudence, entre rentabilité et viabilité. Bien à l’abri, grelotte le passant qui sous sa capuche finit sa communication. Même le pauvre erre mouillé est connecté.

    Rapidement, outre le luxe, le besoin, cette sorte d'équipement s'impose comme un membre, une prolongation du soi. A l'appui toutes les possibilités induites par le petit appareil et les correspondances possibles avec tant de populations. Bien loin du mythe d'Eden, du temps des Grandes découvertes : l'homme travaille à sa perfection. Sans être des créatures hybrides, les hommes s'aliènent par l'accès à des qualités qui leur sont externes.

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    Inévitablement, le non équipé devient handicapé, le non connecté aussi aphone que sourd. Dans cette perspective, d'autres perfectionnements de notre plastique devraient prochainement parfaire l'œuvre de dame nature. Pris de court sur la valeur du sceau de boulon à Taïwan, un conseil pertinent serait le bienvenue. Une réponse comme mécanique marquerait, sinon une mémoire exceptionnel, l'adhésion du sujet à la masse. Comme d'autres, Peter est redevenu compétitif avec son oreillette qui distille les informations. Comme un ange, la précieuse placée au creux de l'oreille à réponse à tout. Pour ce service, Peter acquitte un abonnement, dont le coût est au demeurant modique eu égard aux bénéfices engrangés.

    Ala page, la compétitivité ne s'arrêtera pas aux wizz qui claquent sur l'écran aux bips de messages qui signent d'une intégration sociale. Sur le point de d'abuser, Peter se risque à activer son ange avant de voir sa belle. Le doute sera ainsi délégué et géré par des pros. La soirée est réussie et comme jamais les amants convolèrent. Un petit soupir, comme le sentiment de tromper et plus rien. Au fil des mois, il faut rester au top... Dans ce sens, Peter doit compter sur une mémoire d'acier. Comme en rupture avec son ange, Peter se laisse tenter par un nouvel appareillage : le Cube.

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    X, le landat pourrait confondre le Cube avec un dès à jouer. Dans les faits, Cube accompagne Peter au quotidien. Si ce dernier fonctionne comme un téléphone, celui-ci ne permet pas pour autant de communiquer. Cube est intime, il est discret. A la façon d'une carte bleue son maniement est austère. Au moment du diner, Peter vérifie son Cube. Rassuré, le transfert a bien eu lieu. Chacune de ses paroles, des sons qu'il a entendu durant la journée a été numérisé. En boucle, la voie de son patron annonçant son futur appointement de 150Ke. Bien callé chez lui, cigarette au bec, Peter range la voie de son patron. Sur l'écran, le boss est une courbe violette qui chronologiquement vient à la suite sa courbe : la bleue. D'une grande maitrise, le garçon fait fort de ses qualités d'archiviste. En réalité pour Peter, il s'agit d'optimiser ses qualités externes. Plus tard, Line blottie contre Peter se rassure constatant que sa couleur verte représente encore les 3/4 du camembert sonore de Peter. Quelques rafraichissements plus tard, le graphique n'a que peu évolué : son homme rêve de son boss.

     

     

    De battre mon cœur s'est arrêté. Avant cet instant et à l'exception de ceux qui misent tout dans leur lignée tout à chacun œuvre à améliorer son confort, son quotidien. Dans cette course, le cadre de vie, le contexte en fait autant que l'homme. En France comme ailleurs les coûts portés dans le cadre des combats individuels pour une forme de réussite tendent à déformer les termes des structures de vie commune.

    La construction d'un idéal pourrait être la solution de cette addition des volontés : qui de vivre chichement qui de se transporter d'un point à un autre de la planète. La route vers un bonheur collectif n'est toutefois que piste et semble amenée à le rester. Comme une suite d'échecs, les calculs des individus ne servent qu'une dimension personnelle et par interaction érode l'offre de possibilités.

    Bien décidé à conserver ses avantages d'employé des Poste, Robert fréquente en fin de service le discounter de la zone industrielle. Préférant l'entrepôt avare en employé à la superette familiale, Robert paiera par cet effort le luxe d'un weekend en Normandie. De son côté, Christine hôtesse de caisse, en a fini avec son compte postal : vive la banque en ligne !


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