• UN CADRE PAYSAGE AU PÔLE EMPLOI

    Comme au comptoir mais sans service ni café, les cadres attendent d'être reçus. Par interlude, un agent convoque de simples patronymes. Chacun attend son heure, qui de préparer ses justifications, qui d'espérer enfin décrocher un emploi. Face à la superbe baie vitrée, un improbable pilote d'avion victime d'un plan social patiente en habitué.

    L'espace cadre de l'Agence Pôle emploi de la Grande Thumine à Aix-en-Provence est ainsi fait. Un paradis d'architecture moderne, de profils de verre bordés d'alu pour contenir les hordes de chômeurs. Pour Christian "le bilan mensuel" est une formalité, la conseillère compréhensive boucle l'exercice en cinq minutes chrono, le temps de formaliser le passage du demandeur d'emploi puis de lui conseiller de "bien regarder les offres d'emplois disponibles sur le site internet de l'ANPE".

    De l'ancienne génération, cette conseillère traine volontier le lapsus citant l'ancienne enseigne officielle des gestionnaires du chômage. Les bibliothèques pleines de documentation rappellent le bon vieux CDI du collège avec les copains en moins. Isolés, les demandeurs d'emploi peuvent se plonger, comme le pilote débarqué, sur le superbe panoramique visible depuis la baie de l'open space. En abyme l'autoroute coule lentement rendu aphone par la qualité administrative des huisseries. Juste au centre, un curieux édifice évoque un mélange de bastide provençale et de château-fort.

     

     
     Vue depuis l'Open space de Pôle emplois

    Sans complexe, le préposé à l'appel des convoqués est fier de son ignorance, de n'avoir jamais remarqué l'édifice. Les conseillers, pressés par le manque de moyen, le sous-effectif et piégés dans leur navire de verre et d'acier, sont comme pourvus d'oeilleres. Le pilote remarque l'abandon de la grande demeure signalé par de grands tagues. Le Domaine des Esprits, ancienne demeure de Charles Trenet, souffre de tous les stigmates de l'abandon.

    La vaste propriété située au fond d'une impasse a été délaissée par son maître du temps de son vivant. Ce dernier devait très vite marquer sa préférence pour sa somptueuse demeure de Juan-les-Pins. Pourtant, à son arrivée au Domaine des Esprits, le chansonnier était conquit et c'est à grands frais qu'il a transformé la bastide en un château-fort baroque. De tourelles en créneaux, de contreforts factices en abondance d'oeil de boeufs, l'édifice a été personnalisé en tous points. Il s'agissait à l'époque de recevoir les amies comme Marie Laforêt ou Michelle Thor, une proche voisine, avec tout les apparats disponibles.

    De ce rêve, de ces fêtes menées à l'ombre des pins du parc, au bord de la somptueuse piscine ou dans l'une des chambres de couleur, il ne reste guère de traces tant le départ du maître marqua la fin. Micha, le fidèle quadrupède du chanteur ne jappera plus. Les riverains de l'impasse en sont quitte pour quelques aller-et-venus en moins, pour la fin des agapes où la plupart étaient invités.

    Déja trente minutes et toujours pas de "Slotz". Le dessin du Domaine sera peut-être terminé ? De loin, seul dans son rêve, le Commandant Slotz se fait dessinateur, il execute le croquis d'une maison ruinée par les tagues, dressé par des traits impatients, de ceux griffonné dans l'amertume d'une attente impuissante.


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :