• La guerre des déchets semble en voit de dépasser la guerre du feu, des boutons pour rendre du genre humain. Le challenge de la gestion de nos ordures est posé comme une problématique universelle où l'homo-consommateur est amené à jouer un rôle actif. En somme, au-delà de la citoyenneté, de l'engagement de l'individu pour l'Etat qui le représente, les habitants par une somme d'actions doivent participer directement à l'effort écologique. Qu'il s'agisse de trier ses déchets, de porter les plus encombrants de ces derniers en déchèterie ou encore de préférer un produit moins emballé, le parcours du consommateur est à présent verrouillé par un ensemble de systèmes visant à une meilleure gestion de ce qui reste des produits en amont de leur utilisation.

    Ainsi, la cinquième colonne serait composée de citoyens mis à contribution à partir des rebus de leurs achats. En quelques sortes, ce "service écologique" apparaît comme une des formes modernes de soumission de l'individu à une volonté étatique. L'ennemie n'est plus de chaire, de sang mais plutôt de plastique, de fer, d'épluchures mille fois souillées par le jus de poubelle. Les attendus de cette campagne de mobilisation relève d'ambition financière mais également de la volonté de produire une population engagée dans les problématiques officielle.

    Est-ce dans nos rues que se joue réellement la guerre des déchets ? A écouter les riverains des grandes décharges, des hautes cheminées d'incinérateurs : il faut faire vite ça déborde. Bien que non négligeable, les souffrances des voisins de dépotoirs, de sites d'incinération ne sont à coup sûre pas les principaux "justifiants" de la guerre des déchets. S'agit-il alors de monétiser une masse jusqu'alors coûteuse ? La production d'un modèle vert servirait-elle à constituer une légitimité des Etats acteurs par rapport à des Etats moins "visibles" dans le domaine ?

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    Si le geste écologique est objectivé par celui qui le réalise comme un ascétisme nécessaire à la vie en communauté, les véritables buts, les conséquences efficientes de cette somme de bonnes actions sont encore mal maîtrisées. Du reste, la valorisation des ordures, notamment ménagères, s'inscrit dans un cadre historique profond. Depuis les glaneurs de l'Antiquité, les récupérateurs du Moyen-âge jusqu'aux équipes de Roms dans les déchèteries, l'activité de recyclage reste une constante de l'humanité, comme une soupape pour les populations les moins intégrées aux cadres institutionnels.

    Si la loi ne sanctionne pas le glanage de déchets, les conditions de cette tâche ont évoluée jusqu'à transformer celle-ci en actions illégales. Ainsi la rue qui jadis était l'espace publique d'accueil pour les déchets à perdu se monopole le partageant aujourd'hui avec les déchèteries et autant de points d'apport volontaire. En sus, les conditions de dépôt ont été normalisées, subissant un long processus de rationalisation incluant la mise en place d'horaires pour les déchets ainsi que de conditions strictes pour leur habillement. En effet, le choix de la couleur du sac, de la qualité du carton amené à contenir pour leur dernier voyages nos rebus est de plus en plus contraint par les normes.

    De l'autre côté de la scène, les destinataires de ces kilogrammes d'ordures sont organisé en de puissants groupes dont l'activité dépend largement des subventions reçues. En d'autres mots, le déchet valorisable, celui qui rapporte, reste souvent à fond de benne, incinéré avec les éléments non valorisables. D'autre part, rare sont les exemples de chaîne de recyclage fonctionnant sans l'aide d'outils industriels considérablement polluant. Le gain apporté par le système reste ici uniquement d'ordre économique même si les conditions d'extractions de ces matières premières non exportées font l'objet d'attentions écologiques toutes particulières.

    Un petit groupe attend derrière les grilles d'une de ces déchèteries située en périphérie de sa ville. Bien qu'il fasse grand froid, ils sont une dizaine à attendre pour glaner dans les bennes métalliques ranger le long des quais. Comme un balais, sitôt le dernier déposant partis, les récupérateurs rentrent en action. Le plus gros de la troupe se forme en essaim autour de la benne dédiée aux métaux. L’antre métallique remplis sur plusieurs mètres de métal est minutieusement fouillé par ces hommes et femmes qui en extrairont le meilleur. Les vielles casseroles faites d'aluminium sont ramassées à la hâte tandis que sous les coups de haches les vieux moniteurs livrent quelques centaines de gramme d'un cuivre de grande qualité.

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    La scène se joue souvent en nocturne notamment l'hiver. Le tiré de rideau intervient lorsque le camion des agents récupérateurs est remplit jusqu'au dernier souffle. Non loin, d'autres accros de la déchèterie se livrent à une autre sorte de recherche. Le but est pours ces glaneurs de récupérer parmi les déchets les objets qui en seraient encore. Les tendances des déposant se mêle alors aux projections des néo-glaneurs, véritable traders du déchet, qui récupérant un "Docteur Maboul" ou un imper à la Columbo miseront sur l'éternité de ces objets.

    Il n'est de guerre sans armes ni larmes, sans bâtons ni fusils. Dans nos rues, nos usines de retraitement, nos déchèteries se recomposent la définition de ce que doit être un déchet. Ainsi, le caractère universel des rebus tend à s'effacer dans une logique de mise en marché de ce tonnage de marchandise. De la fin programmée des voreux de déchèterie à l'exportation des déchets comme de simples marchandises, le traitement "écologique" de nos poubelles ne semble être qu'une illusion, un label propre à la mise en marché de leur contenu. 


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