• PARTIE 4.

    4. Destins croisés travail et jeu à l’Étoile du sud                       

     

     

    La période de référence prise en compte dans cette rétrospective du quotidien de l’Étoile du sud vécue depuis l’un de ses cahiers de liaison s’étale de la fin de l’année 2009 à la fin de l’année 2010. De la sorte, ce document propose en une somme de 192 pages la restitution de douze mois des notes, des remarques consignées par les employés.

     

    A. Destins croisés au fil des pages du «cahier de liaison»

     

    La lecture du cahier de liaison demeure très instructive pour qui voudrait connaître l’état social de l’Étoile du sud. En mal de lecteur, ce registre est dédié à un usage immédiat, utilisé pour ses seuls propriétés de rapidité à transmettre un certain nombre d’informations à destination des membres du personnel. Parmi la somme des domaines abordés, des personnes citées dans ces notes, l’état, le comportement de certains résidents s’impose comme une rubrique récurrente. Si le cahier ne comporte pas de catégories, de groupes, d’indicateurs ou d’indices pour classifier les évènements consignés, nous envisageons le rendu, le suivit de l’état physique ou moral des résidents les plus affaiblis comme une entrée constante dans le volume des notes rédigées.

     

    En parcourant le cahier, au fil des mois, des semaines, nous relevons la mise en avant de la fragilité, des écarts de conduite à la ligne de dépendance pour des résidents dont nous constaterons plus loin le départ. En d’autres termes, le recours au cahier de liaison marque à propos des résidents plus des temps de crises, des problèmes médicaux que des évènements positifs intervenus.

     

    Durant cette fin d’automne 2010, c’est Madame Ruffac qui occupe la une faisant l’objet d’une première dépêche le 02/10 relatant «une chute sans gravité». Une seconde note apparaît le 07/10 à 21h45. Le rapport du veilleur de permanence indique alors que: «Madame Ruffac est tombé au sol». Monté suite à son appel ce dernier précise qu’il « l’a remise dans son lit» cette dernière se plaignant«de sa jambe engourdie et protestant». Plus tard dans la soirée : «22h00 Sur l’avis du médecin de nuit les pompiers sont appelé pour Madame Ruffac». Enfin le lendemain à 6h12 un mot indique sans plus de précision, «retour de Madame Ruffac» avec la mention «sur plateau».

     

    Comme en prémices d’une veille sanitaire d’une hypothétique mise à l’écart de la structure, le recours aux portages de repas est doublé par l’initiative de «rondes ponctuelles» à l’appartement de Madame Ruffac. Ainsi le veilleur précise dans le cahier de liaison le 10/10 : «passé chez Madame Ruffac, elle va bien». Au fil du temps, l’état de Madame Ruffac s’impose comme un dossier à suivre puis s’estompe pour les employés qui restent vigilant à toutes autres sources d’inquiétudes potentielles.

     

    Plus soudain «l’état de Madame Martelière décline» selon cette note du 08/10 9h30. Outre ce diagnostic un message précise à 10h05 qu' «aujourd’hui des personnes de la famille se relaierons pour ne pas la laisser seule».

     

    A la suite dans le cahier de liaison le dénouement d’une vie. «09/10 13h30, intervention des pompiers pour Madame Martelière qui décèdera un peu plus tard vers 13h30. Nous n’en savons pas plus pour l’instant. Madame Martelière sera chez son fils ce soir. Sylvain a appelé la police qui doit passer pour constater le décès, la famille a prévenu le médecin qui doit arriver vers 15h30.» Puis à la ligne

     

     «19h45 Départ de Madame Martelière chez son fil à Sète».

     

    Ce funeste évènement en cour, à l’étage du dessus au 409 chez le couple Vonduik c’est l’état de Monsieur qui est au centre de toutes les inquiétudes. Historique, ce duo est présent depuis l’ouverture de la résidence. Si Madame Vonduik fait figure d’exemple en terme de dynamisme, entraînée par sa foi chrétienne, investit dans des activités connexes à ses croyances, son mari casanier multiplie les périodes d’hospitalisations, les chutes et accidents domestiques. Tandis que le 18/10 une note précise : «Retour de Monsieur Vonduik de l’hôpital», le sud suivant Sylvain inscrit: «Suite à une panne de l’ascenseur Madame Vonduik garera provisoirement son vélo dans le couloir du 4ème étage devant son appartement».

     

    Cette rare évocation de la bonne forme d’un résident en l’occurrence de Madame Vonduik par le biais des conséquences d’un problème technique est vite éclipsée par les maux de son époux. Le déclin très rapide de Monsieur Vonduik est par la suite rendu quotidiennement dans le cahier de liaison.

     

    «20.09 Chutes par deux fois de Monsieur Vonduik glissade et manque de force». «25/09 Monsieur Vonduik déraille ce qui en plus fatigue beaucoup sa femme qui doit gérer son comportement». «01/10, 4h00 Appel de Madame Vonduik, son mari à essayer de se lever seul de son lit. J’ai essayé de le relever mais ça n’a pas été possible. Vers 4h00, arrivée des pompiers qui ont remis Monsieur Vonduik dans son lit. 4h25, Départ des pompiers». La nuit suivante : «1h15, Appel de Madame Vonduik, Monsieur Vonduik est allé aux toilettes mais ne pouvant pas revenir tout seul dans son lit, il a enlevé sa perfusion. Madame Vonduik a dit que ce n’était pas grave et qu’elle verrait avec son infirmière le lendemain». Jusqu’au 10 octobre, aucun message n’a trait aux Vonduik. Puis, ce sud à 3h15 une note indique : «décès de Monsieur Vonduik cette nuit». «11/10, 14h30 enlèvement du corps de Monsieur Vonduik par le sous-sol».

     

     

    Destiné aux nouveaux employés, ce rappel quant aux spécificités du protocole destiné aux résidents décédés marque de l’importance accordée à la discrétion, à la mise à distance de ce type de représentation vis à vis du public. Au même titre que le cahier de liaison, les coulisses, les processus de gestion des moments de crises demeurent bien à l’écart des acteurs qui en sont l’objet à tous le moins les potentiels témoins. En quelques pages, deux résidents de l’Étoile du sud sont décédés, une femme est devenue veuve, un appartement a été libéré, de nouveaux locataires envisagés. Plus tard dans l’hiver, c’est le spectre de la grippe A qui met en scène Madame Frazeer dans une longue note datée du 12/11 13h41, rédigée par Constant.

     

       «Madame Frazeer à de la fièvre et de la température. Ausudd’hui midi sur plateau. Son médecin vient lundi. Dans le doute, quiconque entre chez elle, doit porter un masque disponible à l’accueil par mesure de prévention et jusqu’à nouvel ordre. Quittez le masque en sortant de l’appartement, ne surtout pas arpenter les couloirs avec. Ceci est confidentiel et ne doit en aucun cas s’ébruiter auprès des résidents».

     

    Respectée, ces prescriptions sont restées à l’état d’exercice : «la grippe de Madame Frazeer est une grippe classique» conclue finalement une note datée du 14/11 marquant la fin de cette alerte. Au-delà d’une veille médicale, de l’observation de stigmates, le personnel consigne les évènements réputés pour leurs influences sur les tâches de travail. Ainsi, d’un point de vue technique, depuis le cahier de liaison, les résidents sont suivit depuis leurs problèmes de santé, leurs chutes au sol, leurs comportements incohérents même si des messages évoquent des «départs en vacances» ou la venue des familles.

     

    Les temps d’aménagement interviennent comme un moindre contrepoids à cette main-courante pour le moins morbide.

     

    «Le 21/11. Madame Montoise, appartement 113, s’installe sur la résidence. Elle prendra tous ses repas tous les jours midi et soir. A l’équipe de la salle de lui préparer ses bons les premiers temps pour adaptation, arrivée le lundi à midi».

     

    Comme prévue, Madame Montoise, son chien Goldies sont présent dans leur appartement le 24/11 même si outre le rappel de la mise en place des housses pour l’ascenseur, aucune note ne vient consacrer ou rendre des premiers jours de Madame Montoise à l’Étoile du sud. Un an et demi plus tard, les références à Madame Montoise dans le cahier de liaison sont toujours aussi rares se limitant à un «problème de compteur d’eau» le 13/01/2010. Cette dernière semble avoir pris ses marques entre les sorties quotidiennes de Goldies et les ragots échangés à la table dix-sept. Dans l’angle de la salle de restaurant, cette table accueil pour chaque dîner Madame Montoise face à Madame Dupuis ainsi que Mesdames de Saulieu et Fadette. Bien affables ses dames apprécient cette nouvelle arrivante qui n’hésite pas à commander une bouteille de vin rouge au restaurant.

     

    Si souvent, les supports s’apparentant à la mémoire d’un site de travail ne rendent que d’une suite d’évènements techniques comme au travers de factures, de bulletins de salaires, de baux de location. A la marge, le cahier de liaison rend de ce qui fait le quotidien, non que son contenu reflète la routine des journées, le contenu des programmes télévisés, mais plutôt que ses lignes répertorient les actions qui par leur incongruité, leur symbolique parfois leur violence ressortent comme des faits marquants, les faits marquants : l’actualité de l’Étoile du sud.

     

    B. Du management au cahier de remontrances

     

    En quelques sortes, le cahier de liaison correspond à un programme des faits divers en cours à l’Étoile du sud Cette source d’informations n’est pas exclusive intervenant comme un complément artificiel aux conversations établies entre les uns et les autres. En sus des messages relatant des évènements, rédigés pour être lus comme une dépêche interne à l’entreprise, d’autres messages sont destinés à une personne spécifique. Dans ce cas de figure, le cahier de liaison est utilisé pour établir une communication entre deux personnes souvent à défauts de contacts oraux satisfaisants.

     

    Le recours à l’écriture en lieu et place de la parole peut traduire plusieurs intentions pour le rédacteur de la note. Pour Sarah le 20/11, il s’agit de montrer son affection à sa collègue Catherine pour le sud de sa fête par ses mots : «bonne fête Catherine, à la sainte Catherine l’hiver s’achemine». Anecdotique, ce message ne rend pas du commun des échanges entre employés inscrits dans le cahier de liaison. La teneur de ces derniers est quasi exclusivement basée sur des problématiques, des litiges, des récriminations liées aux tâches de travail. Du reste, une note de service collée dans le cahier en date du 16/012010 tente de contenir les élans littéraires.

     

    Note au personnel le 07 janvier 2010

     

    Nous vous rappelons que ceci est un cahier de communication interservices dans lequel ne doivent être inscrits que des messages constructifs à caractère informatif sur le fonctionnement de la résidence. Il est inadmissible d’y trouver des messages personnels, irrespectueux et injurieux. Nous demandons aux personnes concernés de se ressaisir et de montrer plus de respect et de maturité.

     

    La Direction.

     

     

    En tête des cibles de cette fronde, la veilleuse Fleur, rassemble un grand nombre de messages pour le moins offensifs. En février 2010 le veilleur Samuel s’exprime en ces termes à destination de Fleur : «Merci d’avoir sortie les poubelles. Résultat le local-poubelles débordait de merdes que j’ai dut ramasser à la main dimanche soir, merci». Cette missive exprime une querelle interne au corps des veilleurs de nuit à propos de la responsabilité de la sortie des trois conteneurs poubelles de la résidence. Assignée au veilleur, attesté par une affichette placée dans le local-poubelle qui confirme que «les poubelles seront sorties par les veilleurs», cette tâche est à effectuer les lundis, jeudi et samedi. A défaut, les contenants ne sont plus suffisants pour absorber la somme des déchets issus des 68 appartements, des cartons et emballages débarrassés quotidiennement par l’équipe de cuisine. De fait, les risques de saturation du petit local, l’expansion des odeurs nauséabondes poussent les veilleurs à transgresser les règles du cahier de liaison pour poser en actualité les termes de leur conflit.

     

    Plus tard le 05/05, un message anonyme vise implicitement Fleur, seul femme parmi les veilleurs. «Note à la veilleuse. Dans la nuit du 4 au 5, le ménage n’a pas été fait, WC des femmes non faits, poubelles non vidées». Les reproches sur la nonchalance de Fleur nous permettent de reconstituer le parcours du veilleur, les tâches ménagères qui lui sont assignées. De nouveau le 17/07, une note de la même teneur est mise en ligne sur le cahier. Outre la propreté douteuse des toilettes, les locaux des vide-ordures ainsi que les tomettes du hall sont citées comme autant d’éléments non traités.

     

    Dépositaire de la propreté des parties communes, de l’évacuation des sacs d’ordures abandonnés par les résidents sud après sud car trop gros pour les vide-ordures, les veilleurs reprochent à Fleur de ne pas accomplir ses tâches et par là de leur fournir un surcroît de travail. En dehors de cette saga des veilleurs, d’autres messages ont des visés plus généralistes. Ainsi, l’usage des ordinateurs de l’accueil est explicitement réglementé par cette note du 02/05/2010 : «Merci aux personnes qui utilisent la connexion internet de ne pas laisser les fils en vrac sous le bureau. Madame Merlin c’est empêtrée la dedans». A n’en point douter, l’ancien rang de Chef du Conseil d’Administration des résidents de l’Étoile du sud détenu par Madame Merlin à lourdement joué dans la rare transcription d’une récrimination d’un résident sur le très interne cahier de liaison.

     

    Dans la «saga des veilleurs» pourtant certains menacent d’une contagion de la fronde auprès des résidents. Dans cet élan un message daté du 01/05/2010 est très explicite. «Note à la veilleuse de nuit. Ménage ultra sale constaté par les résidents. Poubelles WC femmes pas vidée. Tomette pleine de tâches. Plusieurs résidents ont constaté que le ménage était mal fait». Fleur rappelée à l’ordre, ses exploits ménagers ont cessé d’être rapportés en dépêches.

     

    En dehors des remontrances adressées à Fleur pour la qualité de ses prestations les petites notes à propos du sanie-siège des WC dames sont récurrentes comme le classique «manque d’ampoules au 3ème». Les faits non résolus reviennent d’un sud sur l’autre parfois teintés de fluo, soulignés ou entourés au terme d’une semaine de signalement.

     

    A proprement parler, la gestion des deux toilettes du hall d’accueil est redoutée. Les poubelles notamment du côté des dames, comme de juste démographiquement beaucoup plus fréquentés, débordent en tout temps de papiers hygiéniques souillés de restes de selles. A la faute, une part des résidentes persuadées d’accomplir le bon geste en jetant leurs papiers utilisés parmi les autres déchets sans recourir à la cuvette classiquement réservée.

     

    La tenue des toilettes, le niveau des poubelles est régulièrement mis en actualité dans le cahier de liaison même si d’autres évènements sont plus détonants. Parmi ce florilège, la veilleuse Fleur, outre le fait de nourrir les chroniques de la saga des veilleurs, est l’auteur de la note relatant une des situations les plus inattendues. La note est rédigée au cour d’une nuit de septembre 2010.

     

                   «Un pervers sexuel, masturbation devant la résidence vers 22h00 a essayé de regarder où j’étais par les baies vitrées du salon et du restaurant. Appel à la BAC qui est venu pour l’arrêter. Je porte plainte, quelqu’un aurait dû m’appeler pour prendre ma déposition. Si quelqu’un téléphone à l’Étoile du sud pour cela, lui donner mon numéro de téléphone. Attention cet homme voulait aller aux toilettes dans la résidence, je ne l’ai pas laissé rentrer. Il pourrait recommencer dans la semaine on ne sait jamais. Je laisse sa description, homme blanc entre 1.60 et 1.65 mètres, brun habillé en jean foncé et chemise blanche de 25 à 35 ans, Fleur».

     

    C. Jeux interdits des employés

     

    La mésaventure arrivée à Fleur à fait les beaux jours de l’actualité de l’Étoile du sud plusieurs semaines, certaines spéculations avançant même la possible collusion entre l’ami d’une résidente et le pervers à la chemise blanche. Madame Augeons, la soixantaine est l’une des résidentes issues de maison de repos. Alerte, cette dernière est l’une des rares en dehors des couples installés à l’Étoile du sud à entretenir une vie amoureuse. 

    Soupçonné un temps, Robert l’amant de Madame Augeons est pour finir formellement mis hors de cause par Fleur qui ne reconnaît pas en lui «son pervers». De la sorte, cette actu s’évanouie parmi les lignes du cahier de liaison, les ragots de la résidence. Bien à propos, certains employés ont entrepris de recourir à un jeu de rôle improvisé pour passer le temps des pauses, plaisanter dans les moments d’inactions.

     

    Au centre de ce scénario, les résidents sont comme mis en cotation au sein d’une bourse très spéciale. Ces lieux de cotation temporaire du résident sont exclusivement accessibles au cercle des initiés. A ces occasions, l’état de Madame Fadette est avancé par Jérôme comme bon eu égard à ses informations.

     

    Pour Astrid, la jeune serveuse il convient de vendre ses actions « Fadette » « un peu pale ces derniers temps » pour acheter du « Vich » : cette nouvelle résidente si prometteuse selon la serveuse. Malchanceuse, Astrid verra son portefeuille lourdement impacté, quelques suds après ses prévisions, Madame Vich est évacuée vers une structure médicalisée. Madame Fadette pour sa part ne souffrait que d’un simple rhume.

     

    Après le repas du personnel, aux alentours de 11h30 s’est assis sur un petit muret que commis de cuisine et homme d’entretien conversent. Pour les uns la saveur d’un café, l’amertume d’une cigarette convient à l’instant tandis que Jérôme allume un deuxième joint.

     

    L’un des commis de cuisine suivit dans son jeu par Astrid mîmes l’exercice d’une discipline sévère auprès des résidents ici devenus «des détenus». Au savoir vivre organisé du restaurant au «merci», «à votre service» se substitue les «silence en détention», «on s’en fout de ta vie Merlu». Astrid imaginant manger en privilégier, comme à la table du capitaine parmi «les détenus» d’une galère, intrépide, se fait respecter : «quoi elle est trop chaude ta soupe Merlu ? Tu manges et tu fermes ta gueule ou je me lève». Un peu de romantisme exprimé à la marge dans le contexte fatal de la salle de restaurant pour retraités au sein de laquelle selon Angélique, le volume des haut-parleurs a été étudié pour couvrir efficacement « le bruit de la cinquantaine de langues usées, de mâchoires reconstituées qui heurtent les aliments ».

     

    Dans la réalisation des tâches de travail, les sourires, la bonne humeur est souvent à l’usage exclusif d’une des communautés. Sur ce point, ils s’agit de signifier des moments où le rire, les moqueries s’exercent entre employés ou d’un autre sens, entre résidents. Du point de vue des employés, certains résidents sont considérés comme de véritables boulets. San être parmi les plus impotents ou particulièrement mal en point, les critères d’éligibilité au rang de boulet sont plutôt basés sur les rapports, les échanges, les récriminations ou remarques émises par le résident promu.

     

    «Cette Merlin elle est vraiment trop conne» s’indigne Astrid débarrassant son assiette de carottes inachevée à la poubelle de la plonge. Le commis de cuisine approuve, confirme «elle nous fera chier combien de temps cette connasse» et d’argumenter montrant les restes déjà déversés dans le sac poubelle plein et chaud : «en plus elle mange même pas, elle sert vraiment à rien celle-là». Cette sorte d’échange relève à notre sens du véritable background de l’Étoile du sud de l’une des manifestations les plus hautes de la violence diffuse, présente au quotidien.

     

    Comme nous l’avons vue, les réputations, les représentations des résidents en circulation parmi le personnel se font et se défont autour du breaking news du matin. A l’embauche, Angélique ou Alain n’oublient jamais de consulter le cahier de liaison et au besoin de tirer du veilleur de permanence les détails des interventions réalisées.

     

    Au fil des mois, des années, les résidents co-construisent avec les membres du personnel leur personnage. A la façon d’un village, les anciens jouissent d’être parmi les plus reconnues. En démonstration de ces témoignages d’appartenance, de reconnaissance de la structure pour ses éléments les plus visibles, les attentions du personnel ressortent comme un élément central. Madame Merlu jubile au moment du café lorsque l’employé de service prend pour routine son absence de politesse.

     

    Pour Astrid, Madame Merlu c’est la «vielle conne de service», «la frustrée de base» complète Sylvain. «La Merlu faut pas la chercher» affirme pour sa part Angélique à table au repas du personnel. Par les baies du restaurant, Angélique, Alain, Astrid et Jérôme voit passer Madame Merlu qui rentre de sa promenade quotidienne. Chacun renchéris sur ses manières, le chef de conclure : «en tous cas elle est encore là pour un moment vu sa forme». Si Madame Merlu est appelée Madame Merlu, la plupart des résident sont appelé entre les employés par leurs noms. «Regarde il y a Caseline qui galère» alerte Astrid se dirigeant avec Angélique pour aider le vieillard.

     

    «Caseline» installé à sa table, les serveuses devisent dans l’office, Astrid demandant à Angélique «si elle pense que "Caseline" a encore des rapports». Celle-ci propose une réponse médiane mettant en jeu la dame de compagnie du résident. A la fin du repas, Angélique demande «on y va Monsieur Caseline » et raccompagne «Caseline» jusqu’à son déambulateur. En nettoyant la salle, Angélique boudeuse se dit que les gouttes laissées par «Fadette» sur son «putain de coussin» ne sont pas pour redorer sa réputation. 


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